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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 11:40

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 crédit photo : Romaric Cazaux

 

L'expérience du désert... Tant qu'on ne l'a pas vécue, je pense que c'est difficile de l'imaginer. 

Cette étendue infinie de dunes mouvantes qui nous cernent. Cette solitude absolue. Ce monde qui nous dépasse et pourtant l'impression d'être à sa place, petit grain de sable insignifiant mais nécessaire... L'apaisement, la gratitude d'être en vie...

Oui, le désert me rend lyrique ! Et puis ce trek organisé dans le Sahara a pris fin et il a fallu retrouver la routine habituelle... J'ai mis plusieurs mois à m'en remettre, le décalage était trop violent. Je ne supportais plus la pression au boulot. J'avais du mal à suivre les conversations qui me semblaient insipides. Je n'avais qu'une envie : y retourner ! Pour moi, la vraie vie était là-bas, dans la générosité de ces rencontres avec des gens qui n'avaient rien mais trouvaient quand même le moyen de vous faire don de quelque chose de précieux...

 

Le temps a passé, je me suis réhabitué à ma vie. J'ai fait quelques ajustements : je suis devenu mon propre patron, j'ai fini par me caser, on a acheté une petite maison en banlieue... Je suis heureux, je pense. Mais parfois, je rêve du désert, c'est comme un appel lancinant et j'ai peur de finir par y céder... même si cette pensée suffit à faire battre mon coeur plus vite.

 

Atelier proposé par Leiloona

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 08:41

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crédit photo : Romaric Cazaux

 

Je n'ai jamais bien compris ce qui avait poussé Fernando, l'homme à tout faire de mon oncle Tony, à sacrifier sa vie pour cet homme égoïste et sans coeur. Personnellement, je faisais le minimum possible, animée par un vague sentiment de devoir familial. Fernando aurait pu se marier, avoir des enfants... Au lieu de quoi il s'était acharné à jouer le rôle de larbin pour mon oncle dont la seule qualité, à mes yeux, était d'être riche. Je ne le soupçonnais même pas d'en vouloir à l'héritage de Tony, il était à peine plus jeune que mon oncle et rien ne garantissait qu'il puisse en profiter un jour...

 

Lorsqu'ils sont arrivés dans la limousine ridicule d'Oncle Tony ce dimanche-là, j'ai eu un pressentiment. Fernando semblait fatigué. Rien d'étonnant, Oncle Tony EST fatigant mais il semblait ailleurs, à bout. Tony était égal à lui-même, silencieux, hautain, plongé dans la contemplation d'un magazine financier. Je me suis souvent dit que les cours de la Bourse étaient bien la seule information susceptible de l'émouvoir.

Fernando m'a serrée dans ses bras, un peu plus fort qu'à l'accoutumée. Tony m'a inspectée des pieds à la tête d'un air réprobateur : "Pas étonnant que tu sois seule avec cet accoutrement de bohémienne !" Une de ses entrées en la matière chaleureuses habituelles... J'ai renoncé depuis longtemps à lui expliquer que vivre seule est un choix. Après la vie conjugale tumultueuse que j'ai endurée, c'est vraiment le calme après la tempête et avec le temps, on finit par l'apprécier. Et puis, dans le fond, ce type de commentaire est celui d'un vieil homme seul et aigri, sorte d'oncle Picsou des temps modernes.

 

Les déjeuners dominicaux familiaux sont longs, très longs et pesants, très pesants. Ma famille n'est pas une famille soudée et aimante. Dès que l'un d'entre nous s'absente, les autres se chargent de lui à coups de médisances et c'est sans doute pour l'éviter que je m'évertue à être présente. "La pauvre Janet... c'est dur quand même... presque quarante ans et toujours pas d'enfants... Vraiment, la pauvre !" Non, mieux vaut endurer un énième déjeuner ennuyeux et interminable plutôt que de prendre ce risque.

Ma mère me toise à la manière d'Oncle Tony, pourtant ce n'est pas sa soeur mais ils ont le même regard perçant, la même dureté du coeur. Mon père me serre plus chaleureusement contre lui. Je sais que ma mère l'épuise avec ses reproches et récriminations incessantes. Mes deux frères cadets sont déjà là, attablés avec leurs tribus. Une famille modèle, en apparence.

 

Je m'éclipse après l'entrée, un plat de pâtes - ma mère n'a pas des origines italiennes pour rien - déjà repue et excédée. Je sors sur le perron fumer une cigarette, Fernando est assis sur un banc, l'air perdu. Je lui offre une cigarette et nous fumons en silence quelques instants. Je sens qu'il a envie de me parler. Lorsqu'il se décide enfin, sa voix tremble un peu :

"Janet, j'ai beaucoup réfléchi et finalement je me suis dit que je devais t'en parler...

- ... ?

- Tony veut le cacher mais il est malade, très malade... Un cancer... Il n'en a plus que pour quelques mois..." La voix de Fernando se brise.

Je scrute mes émotions, en vain. La tristesse que je devrais ressentir est trop bien enfouie. En voyant le visage crispé de Fernando qui lutte pour ne pas céder aux larmes, je me sens honteuse.

"Fernando, j'ai toujours voulu te le demander, ça a beau être mon oncle, c'est surtout un homme odieux. Comment as-tu pu le supporter toutes ces années ?"

Fernando me dévisage, l'air surpris.

"On a grandi ensemble. Tony, c'est le frère que je n'ai jamais eu !"

Je pense à mes frères de sang, aux sentiments si ténus qui nous lient. On ne choisit pas sa famille en principe. Fernando lui l'a choisie et elle a beau revêtir les traits d'un vieil homme revêche et malade, il l'aime.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 08:04

pont.jpg

Crédit photo : Romaric Cazaux

 

Je sens que je parle trop pour meubler, éviter qu'un silence gênant s'installe. Loïc a la tête rentrée dans les épaules, le visage enfoui dans sa capuche, impossible de deviner ce qu'il pense... Quand il était petit, c'était facile, j'inventais des jeux, des histoires, il riait aux éclats et en réclamait toujours plus ! Et puis le petit garçon enjoué s'est transformé en cet adolescent taciturne et mal dans sa peau. Un étranger pour moi. J'ai pris l'habitude de lui lancer des piques pour le faire réagir, retrouver une forme de complicité mais la seule réaction que j'ai obtenue, c'était de la violence. Alors on s'est muré dans le silence, chacun de notre côté. Je ne sais plus rien de sa vie, enfin juste ce que sa mère veut bien me raconter et ma vie ne semble pas tellement le passionner non plus. Pourtant, je l'aime ce grand dadais mais je ne sais pas comment lui montrer. Oui, je sais, c'est moi l'adulte, c'est moi le père... Mais je ne sais pas, je ne sais plus.

Alors aujourd'hui, je parle, je parle, je dérive sur ma Bretagne natale, je m'agite, fais de grands mouvements de bras pour désigner ces îles qu'on aperçoit au loin...

Nous sommes arrivés au bout de la jetée et moi au bout de mon monologue. Epuisé, vidé. Loïc se tourne vers moi et je vois qu'il a les larmes aux yeux. "Tu sais Papa, ça me fait du bien de passer du temps avec toi, même sans parler..."

Un bonheur sans nom irradie dans ma poitrine. Le bruit des vagues apaise mon tumulte intérieur. Je passe un bras autour des épaules de mon fils. Nous deux, seuls face à l'océan infini, ce spectacle qui nous dépasse.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 09:01

books 

Je quitte précipitamment la maison de retraite pour me réfugier là où je pourrai laisser libre cours à mes émotions. Je n'ai même pas reconnu Mado, il a fallu que je me fasse à l'idée que cette petite vieille amaigrie et voûtée, perdue on ne savait où, fixant d'un regard vide la télévision allumée en permanence sur des inepties qu'elle aurait dû détester, c'était elle. Elle non plus ne m'a pas reconnu, elle m'a appelé Philippe - le prénom de mon père. D'une certaine manière, elle nous a déjà quittés et les larmes que je verse sont des larmes de deuil, le deuil de ma petite grand-mère si dynamique et cultivée.

J'effleure du doigt les rayonnages de ma bibliothèque, à la recherche de... Le voilà ! J'inspire à pleins poumons son odeur de papier jauni, l'impression de retrouver un vieil ami. Je me pelotonne dans mon canapé et un sourire m'échappe en repensant au jour où nous nous sommes rencontrés.

 

J'observe Mado à la dérobée, hostile. Elle est plongée dans un livre avec un petit sourire de connivence. Elle m'a lancé : "Choisis donc un livre, ça te changera un peu de tes jeux vidéo !" et m'a laissé en plan dans cette boutique poussiéreuse pleine de vieux bouquins. Pas la moindre petite BD en vue. Je jette un coup d'oeil distrait aux livres devant moi : "Le martyre de l'obèse"... plutôt marrant comme titre, je pourrais l'offrir à une fille de ma classe... "Le calvaire"... c'est ce que j'endure à présent. Mes potes sont sur la rampe du parc avec leurs skates et moi je suis bloqué avec ma grand-mère pour l'après-midi. En guise de punition, mes parents savent y faire... Plus de Play Station, plus d'internet, l'ennui est déjà bien installé. Je ferais aussi bien de choisir un bouquin. Après avoir fourragé quelques instants, je dois me résoudre à l'évidence, il n'y a que des vieilleries sans aucun intérêt, encore pire que ceux qu'on nous oblige à lire au collège. Autant en choisir un au hasard. Je ferme les yeux, tends la main... et tombe sur "La Chute" d'Albert Camus. Voilà.

 

Je ne peux pas expliquer ni alors, ni aujourd'hui ce qui m'a autant fasciné dans ce dialogue intérieur d'un homme avec son double mais je sais que j'ai fait, ce jour-là, mon entrée dans la littérature par la grande porte. Et l'image que je conserve bien précieusement de Mado, ce sont nos après-midi passés devant un thé dans son petit appartement soigné, son regard bleu délavé et pourtant pétillant lorsque nous discutions de nos lectures respectives ou de choses et d'autres, du passé, de notre famille...

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 13:56

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Je ne sais pas trop ce que je pensais lorsque je me suis laissée convaincre par Rémi de passer ce week-end prolongé dans un gîte dans les Cévennes... Je voulais aller à Prague, déambuler dans de petites ruelles tortueuses et savourer un bon chocolat chaud. Mon idée d'un week-end romantique... Pas celle de Rémi à en juger par les trois boîtes aux lettres qui se battent en duel à l'entrée... à l'entrée de quoi d'ailleurs ? Un mur de pierres et derrière, une étendue de campagne vierge. Toute vie humaine semble hautement improbable au-delà ou alors dans une yourte ! Mais Rémi a les yeux brillants et cela fait longtemps qu'il ne m'a pas paru si animé et heureux alors je fais contre mauvaise fortune... Une ouverture fait office de porte dans le mur, nous la franchissons.

J'aperçois une ferme, et deux maisons. Je reste plantée là avec ma petite valise. Je pense aux dossiers sur lesquels j'avais prévu de travailler et que Rémi m'a convaincue de laisser à Paris et je les regrette déjà. Le bruit des cloches des vaches me fout vaguement le cafard. Le week-end va être long... Depuis que Rémi a passé quelques jours dans ce fameux gîte, seul, "pour réfléchir", je dois bien reconnaître qu'il a changé. Mais je ne suis pas sûre de pouvoir m'habituer à ces changements : iI est devenu un peu "ours" pour tout dire. Alors oui, j'apprécie qu'il soit plus attentionné envers moi mais nos soirées mondaines me manquent.

A peine sommes-nous installés que Rémi veut ressortir, pour me présenter son "amie" Maud. Il l'a rencontrée lors de son fameux séjour au gîte et j'en ai tellement entendu parlé que j'en aurais fait une rivale, si elle n'avait pas l'âge d'être ma grand-mère.

Rémi m'entraîne à travers la campagne, j'ai du mal à le suivre, comme d'habitude. Nous arrivons enfin chez Maud qui nous accueille avec chaleur. Je me sens intimidée, mal à l'aise. Cette femme a un regard perçant derrière ses lunettes à grosse monture démodée. Rémi et elle partagent une complicité dont je me sens exclue. Je finis par prétexter une migraine pour m'éclipser.

Le soir, Rémi se montre tendre et attentionné et j'essaie de me détendre mais je suis inquiète. J'ai besoin de l'agitation et du bruit de la ville. Si Rémi se met à nous prévoir régulièrement de telles escapades, je vais avoir beaucoup de mal à le suivre.

"J'ai pris une grande décision !"

Je n'apprécie que très moyennement l'annonce fracassante de Rémi. Quand on est en couple, on consulte l'autre avant de prendre une grande décision... non ?

"Ah ?

- Oui ! J'ai décidé de m'installer à la campagne !

- [...]

- Tu ne dis rien ?

- Tu veux que je dise quoi ? On va être séparés, génial !

- Mais non, tu viens vivre avec moi bien sûr !"

Un sentiment de panique m'envahit. Quitter Paris, la ville de mon coeur, pour un coin de campagne paumé ? Je me reprends : quitter Paris pour l'homme que j'aime... Mon amour ne me semble pas assez fort.

"Mais j'ai ma vie à Paris, mon travail, ma famille, mes amis...

- On pourra y retourner régulièrement, garder un pied à terre, tu m'avais dit que ton boss envisageait de développer le télétravail ?

- C'est si soudain, là... J'ai besoin de réfléchir...

- Bien sûr... Mais imagine juste une vie paisible, retrouver l'essentiel, respirer, prendre le temps, cesser cette course infernale absurde, voir grandir nos enfants ailleurs que dans un coin de bitume..."

Rémi m'enlace mais je reste crispée.

La nuit, impossible de mettre mon cerveau au repos. Je frissonne dans mon débardeur et mon mini short à fleurs. Je repense à la période difficile que nous venons de traverser avec Rémi. Il avait l'air déprimé, impossible de le faire parler de ce qui le tracassait, il marmonnait des "Ca va" sans conviction et je commençais à avoir peur pour notre histoire si heureuse jusque-là... Il était parti quelques jours, pour "réfléchir, prendre du recul". J'avais cru tout perdre. Mais il était revenu détendu et apaisé et notre vie avait repris comme avant... Enfin, presque.

Cette fois, c'est différent, la suite de notre histoire dépend de mon choix, à moi. Et c'est d'autant plus vertigineux. L'image de ces trois boîtes aux lettres et de ce mur m'obsède... Mon amour pour Rémi n'est peut-être pas assez fort mais je me sens incapable de renoncer à la vie que j'aime, ma vie, pour lui. Je le regarde dormir paisiblement. Pourtant, je l'aime.

 

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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 12:11

Une photo, quelques mots

Atelier d'écriture proposé par Leiloona 

 

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Crédit photo : Romaric Cazaux

 

Lorsque je cours, je ne m'arrête jamais, je dis à peine bonjour aux gens que je croise. Mon i pod sur les oreilles, je m'évade, je fuis... Mais je ne sais pas pourquoi, cette silhouette de dos m'a interpelé, attiré. Plus les années passent et plus j'aime la compagnie des gens âgées. Ils ont beaucoup à nous apprendre, si on leur en laisse la possibilité. Plus les années passent et plus la solitude m'effraie aussi. Cette femme... est-ce bien une femme ? Les personnes âgées sont comme les nouveaux-nés, parfois on a un doute... Cette personne a l'air plongée dans sa contemplation, perdue dans ses pensées. Je suis parcouru d'une envie fulgurante, un besoin de les découvrir. J'ôte mes écouteurs, je ralentis ma foulée... et j'hésite à repartir en courant car j'aperçois son visage baigné de larmes. Que fait-on dans ces cas-là ? En ville, j'aurais détourné les yeux, fait semblant de ne pas voir, comme tout le monde, un peu par pudeur, par indifférence, par peur. Le malheur on l'évite tant qu'on peut, comme s'il était contagieux. A la campagne où l'on ne rencontre pas une âme qui vive sur des kilomètres, c'est différent... La possibilité de retrouver des rapports humains, réels, me titille. M'éloigner de Facebook et mes cent quarante-six amis fictifs qui me lancent des "likes" à tout va mais n'ont pas été fichus d'être là pour moi alors que je perdais pied. Ma colère me décide. Je m'approche...

 

Nous sommes attablés dans la cuisine de Maud devant un thé, nous mangeons des croquets piochés dans une boîte en fer et parlons, parlons...

Maud de la perte de son mari il y a deux ans mais c'est comme si c'était il y a deux mois, une amputation d'une partie d'elle-même, ses enfants et petits-enfants qui sont loin, sa tristesse de vieillir seule, même si on s'habitue, ses jambes qui ne fonctionnent plus bien et sa peur de finir en maison de retraite... Et moi de ma vie citadine trépidante et dénuée de sens, ma difficulté à me poser, ces quelques jours dans un gîte pour réfléchir, mes pensées qui tournent en rond en toute stérilité...

Cette femme inconnue m'écoute comme mes amis, ma famille n'ont pas su le faire. Avec intensité, sans me juger. Et même si les solutions que je recherche semblent encore bien lointaines, ça me fait du bien. Ca me fait du bien de parler avec quelqu'un de vrai ! J'ai envie de la remercier, de lui offrir un cadeau... Et soudain, je sais : je vais lui installer une web cam pour qu'elle puisse voir ses enfants !

 

Je cours, paisiblement. Je respire l'odeur de mouillé après la pluie, je sens le souffle du vent sur mon visage, suis la course des nuages... je me sens vivant ! Les jambes de Maud continuent à la soutenir vaillamment même si elle se repose de plus en plus sur sa canne. Et je crois que la joie de voir grandir ses petits-enfants la porte aussi un peu.

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 08:11

Une photo, quelques mots

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

   

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Je l'observe à la dérobée mais il semble tellement plongé dans sa lecture que je pourrais tout aussi bien le fixer sans retenue. Je ne parviens pas à discerner le titre de son livre. J'imagine un roman dense, plein de vie que je remplace après réflexion par un recueil de poèmes. Il serre contre lui un étui en cuir avec intensité, comme une partie de lui-même... Une guitare ? La forme est inhabituelle, plus allongée, peut-être une mandoline. Il a l'air de quelqu'un qui ne se soucie pas de son apparence, barbe de trois jours, gros bonnet en laine, vieux pardessus élimé et pourtant l'ensemble a de l'allure. Il a un corps solide, rassurant, sur lequel on sent qu'on peut s'appuyer. Contre lequel on aimerait bien se blottir... Un roc de douceur ! J'ai l'impression de sentir son odeur, boisée, avec une note de musc...

 

Le bus s'arrête dans des cahots essoufflés et la femme à ses côtés se lève pour descendre. Il s'arrache à sa lecture et me sourit : "Tu viens t'asseoir ?"

Sa voix est chaude, juste grave comme il faut, à peine rauque. Si je ne l'avais pas fait il y a dix ans, c'est sûr, je l'épouserais cet homme-là !

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 05:58

Ma seconde participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... 

 

garconpigeons.jpg

 crédit photo : Romaric Cazaux

 

"J'ai encore fait ce rêve... toujours le même. Je suis à Naples, la ville de mon enfance, seul dans un quartier désert. Enfin, pas vraiment seul, je suis entouré de pigeons, des centaines de pigeons ! Ca pourrait être angoissant  mais je me sens bien et je me mets à courir. Je me sens léger, aérien et je finis par ne plus toucher le sol. Je cours dans les airs, au milieu des pigeons, libre, immatériel. Cette sensation est tellement nette que parfois je ne sais plus si c'est un rêve ou la réalité. Un jour...

- Oui ?

- Un jour, ma mère m'avait grondé et je m'étais enfui..."

Un sanglot m'étrangle et la honte m'envahit. Un homme de trente ans submergé par l'émotion du souvenir de sa maman qui le gronde, il y a de quoi être embarrassé, non ? J'inspire profondément.

"Je m'étais retrouvé dans un endroit comme celui de mon rêve, il devait bien y avoir quelques pigeons... Mais j'avais couru longtemps et mes jambes étaient en plomb.

- C'est intéressant, cette légèreté dans votre rêve... Trouvez-vous la vie légère ?"

Cette fois, les sanglots me submergent. Je fouille maladroitement dans ma veste à la recherche d'un kleenex. J'essaie de me ressaisir. Mes pensées se mélangent dans un miasme tourbillonnant. Légère, la vie ? J'ai l'impression de traverser un tunnel noir sans fin.

"Bon... on va arrêter là pour aujourd'hui..."

 

Dehors, il pleut, une averse d'automne qui précipite la tombée du jour. La légèreté de la vie ? Je m'accroche à cette idée. Retrouver la légèreté de la vie... Je me mets à courir, pour échapper à la pluie, à la grisaille de mon esprit et aux souvenirs qui font mal. Et peut-être, retrouver la sensation de mon rêve, cette légèreté qui m'attend quelque part, je le sais, comme une petite bulle en suspension.

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 16:20

Voici ma première participation à l'atelier d'écriture de Leiloona "Une photo, quelques mots". Le principe : écrire un texte libre à partir d'une photo. 

RomaricCazaux

  crédit photo : Romaric Cazaux

 

Lorsque je rentre du travail, une photo m'attend sur la table basse. J'ai un coup au coeur. Irène... Pourquoi une simple photo me déchire-t-elle le coeur ?

Je contemple son visage radieux tandis qu'elle s'abandonnait dans mes bras le temps d'une danse. Elle était dans l'instant présent, dans la musique, "ça lui rentre dans la peau par le bas par le haut" comme dit si bien Edith Piaf. Et moi, dans tout ça ? Je n'étais pas dans l'instant présent. J'aimais cette fille, les moments que nous passions ensemble, des moments volés. Mais je devais en épouser une autre. Irène le savait mais voulait croire à notre histoire, à cet amour suffisamment fort selon elle pour triompher des conventions. Je me rappelle si bien de la douceur sans nom qui m'avait envahi lors de cette danse.

Le visage rayonnant d'Irène contraste violemment avec le souvenir que j'en ai gardé, son regard d'une tristesse infinie lorsque je trouvai enfin le courage de mettre un terme à notre histoire sans avenir, quelques mois seulement avant mon mariage. Et je l'avais aimée encore plus pour sa réaction digne, sans cris et sans reproches. Et puis j'avais tellement bien caché cette photo et enfoui son souvenir que j'avais fini par l'oublier. Je me demande comment ma femme l'a trouvée et ce qu'elle en a pensé. La laisser en évidence, comme une preuve, veut tout dire... Et ma prétendue fidélité m'apparaît soudain comme un masque.

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