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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 01:08

zee.jpg

 

Cette oeuvre de l'artiste autrichien Kurt Hentschlager présentée dans le cadre de l'exposition "Troublemakers" au 104 est déroutante... Surtout si comme moi vous ne voyez pas les mirages kaléidoscopiques promis ! Je suis restée douze minutes dans un brouillard opaque à me demander ce que j'étais censée percevoir... Mais à part la fumée blanche épaisse et la lumière stroboscopique assez désagréable, je n'ai rien pu discerner. Une amie, plus chanceuse, voyait des couleurs. Mon esprit, peut-être submergé par ce brouillard étrange, est resté perplexe !

 

Un article nettement plus élogieux où l'on peut même voir un de ces fameux mirages kaléidoscopiques :

 

ZEE-cloud-project1200.jpg

 

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Published by Yosha - dans Expos
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 19:24

escal.jpgcrédit photo : Romaric Cazaux

 

Sa main est serrée sur la rampe de l'escalier, son regard chargé d'une colère brûlante et je frémis en imaginant la pensée qui lui a traversé l'esprit.

 

Sonia tempête. Elle tire Marie par la main qui est fatiguée, ne veut plus marcher, veut une glace, ne sait pas ce qu'elle veut... Un peu en retrait, je me réfugie dans la contemplation de la splendeur de cette ville irréelle, comme un décor... Ce sont nos premières vacances à l'étranger tous les trois. Nous avons choisi Rome, une ville que nous connaissons déjà, afin d'éviter toute frustration. Avec la fin des couches, de la poussette et de la sieste, nous pensions retrouver un peu de liberté. Le régime italien pizza pâtes glaces semblait parfait pour satisfaire une fillette de quatre ans. Mais ce n'est pas si simple... Je regarde ma femme se métamorphoser. Quand nous nous sommes rencontrés, j'avais été intrigué par son calme. C'était comme si elle portait un masque dissimulant toute émotion. Je voulais le lui arracher, voir son beau visage impassible déformé par un rictus de plaisir. Mais Sonia est demeurée une énigme et c'est peut-être pour cela que je l'ai épousée.

"Bon, tu m'aides un peu ? Ou tu préfères rester planté là, sans rien faire ?"

Perdu dans mes pensées, je n'ai pas remarqué que Marie était passée du ton geignard aux hurlements hystériques et coups dans tous les sens, stade ultime du caprice.

J'interviens mollement : "Marie, ma chérie, calme-toi, je vais te porter si tu veux..."

"C'est ça, porte-la ! Je te demande de m'aider, pas de lui céder !"

Sonia attrape brutalement Marie par le bras, la tirant pour la faire avancer, les cris de la petite redoublent...

Je n'aurais jamais imaginé que le masque de Sonia tomberait de cette façon... Elle voulait tellement un enfant... Mais rien ne s'était passé comme prévu : une grossesse à risque qui l'avait clouée au lit pendant six mois, un bébé qui dormait peu et pleurait - pour ne pas dire hurlait - beaucoup... La fatigue avait eu raison du calme à toute épreuve de ma femme.

Sonia me jette un regard plein de rage et me lance : "Occupe-toi d'elle, on se retrouve à l'hôtel. Je n'en peux plus !"

J'enveloppe Marie dans mes bras, elle se calme peu à peu et je l'emmène déguster une glace dans un salon de thé. La saveur glacée de la pistache me chatouille le palais. J'offre un sourire de façade à ma fille barbouillée de chocolat mais mon esprit est à l'hotel avec Sonia.

 

Pour notre dernier jour, Sonia a insisté pour que nous nous rendions au Vatican. Je traîne les pieds, un vague pressentiment me hante. Dans les musées, nous nous trouvons face à un escalier imposant et interminable. Un frisson me glace le coeur.

"Je vais porter Marie."

Sonia me jette un regard de biais.

"Pourquoi ? C'est une petite fille de quatre ans en parfaite santé, elle peut bien monter un escalier."

Que faire ? Comme toujours, je préfère céder.

Marie commence à escalader les marches avec enthousiasme et je me détends. Sonia arbore un air victorieux. Soudain, Marie glisse et dégringole les marches avec fracas. Je me précipite pour la relever. Elle a l'air surpris et l'espace d'une seconde, le temps est comme suspendu... Mais ses hurlements retentissent aussitôt avec vigueur dans l'escalier en spirale. Les touristes lui jettent des regards pleins de compassion, une jeune femme lui tend une sucette avec un sourire... Mais où est Sonia ?

A quelques pas, elle serre la rampe de l'escalier avec force, ses jointures toutes blanches. Sa respiration est saccadée et son regard me glace le sang.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 18:46

metro2.jpgcrédit photo : Kot

 

Un sourire un peu niais aux lèvres, elle se repasse la scène qu'elle vient de vivre. Alors qu'elle jetait des coups d'oeil furtifs à un bel inconnu dans le métro, il s'est approché d'elle pour engager la conversation. Et lui a laissé son numéro après avoir manqué sa station. Elle cherche son portable pour contempler le nom et le numéro dans son répertoire, comme pour se pincer... Mais elle n'arrive pas à mettre la main sur son téléphone. Elle fouille frénétiquement dans son sac... il devrait se trouver quelque part au milieu de tout son fatras, comme d'habitude... Elle croit l'agripper mais il ne s'agit que d'une bouteille de gel antiseptique. Elle finit par vider le contenu de son sac sur le quai. Une bouteille d'eau lui échappe et roule sous un siège. Elle se résigne à ranger lentement ses affaires.

Il fallait qu'elle le perde vraiment justement aujourd'hui... ce n'est pas possible une malchance pareille ! Elle repense à toutes les fois où elle s'est fait des frayeurs mais elle finissait toujours par mettre la main dessus. Elle a dû mal le ranger dans l'état d'euphorie dans lequel elle se trouvait, il a peut-être glissé...

Elle se laisse tomber sur un siège. Revoit le sourire de l'inconnu, entend sa voix enveloppante. Jamais elle ne s'était sentie si envoûtée au premier regard... Pourquoi ne lui a-t-elle pas donné son numéro au lieu de prendre le sien ? C'est fichu, il faudrait un hasard sans nom pour qu'ils se revoient...

Soudain, un doute la tiraille, elle s'en veut d'avoir cette mauvaise pensée mais... et s'il ne s'agissait pas d'une coïncidence ?

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 09:33

Que vous ayez quatre ou cent quatre ans, voici un film qui devrait faire l'unanimité ! On y suit les aventures d'un petit singe capucin élevé en captivité perdu dans la forêt amazonienne. Après de nombreuses frayeurs et péripéties, il finit par retrouver les siens et se faire un ami... Beaucoup d'émotion, des images sublimes où l'on se dit que la beauté et l'inventivité de la nature dépassent de loin tout ce que l'homme peut imaginer. Que ce soient les toucans, les paresseux, les insectes aux couleurs, formes et apparences étonnantes, on reste subjugué.  La scène avec la harpie est mythique, au sens propre ! Lorsqu'elle scrute l'horizon avant de s'élancer, planant, pour tenter d'enlever un petit singe, on a l'impression de voir un acteur grimé et costumé !

Je ne l'ai pas vu en 3D car mon fils est encore trop petit mais je pense que ça doit valoir le coup...

Une fable écologique somptueuse !

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Published by Yosha - dans Ciné
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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 14:44

metro-paris-kot.jpg

crédit photo : Kot

 

Le tumulte du quai de métro s'évanouit. Elle reste dans sa bulle avec son portable, les mots affichés sur l'écran lumineux incroyables et pourtant sans équivoque. Elle est restée perplexe quelques secondes avant de réaliser que la "débile" dont il était question, c'était bien elle. Elle imagine Lili tentant de rattraper l'envoi du message malheureux, son visage blême en réalisant que c'était impossible. Elle ne ressent pas la colère qu'elle devrait, juste une tristesse infinie. Combien de temps encore aurait-elle cru à cette amitié sans ce message qui ne lui était pas destiné ? Elle repense à tous les moments partagés, les fous rires complices... tout était faux alors ? Elle tape un modèle de réponse, l'efface. Les voyageurs défilent devant elle dans un flot sans répit mais ce qu'elle voit c'est son amitié qui se consume jusqu'à ne laisser qu'un petit tas de cendres grises. Son portable retentit, elle l'éteint et se lève enfin, son visage empreint d'une dureté nouvelle.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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20 novembre 2013 3 20 /11 /novembre /2013 17:36

Sans-titre.jpg

crédit photo : Kot

 

Certaines personnes vous marquent. Elles vous marquent tellement que vous imaginez que c'est le cas pour tout le monde... un peu comme quand on est amoureux.

Je m'étais retrouvée par hasard derrière Marianne dans l'amphithéâtre bondé et j'avais fixé pendant tout le cours sa nuque délicate, ses boucles légères, son profil parfait.

Elle me fascinait : la grâce de ses gestes, son rire cristallin sans retenue et pourtant élégant, si différent du mien dont j'avais presque honte. Ce n'était pas vraiment une attirance, c'était plus troublant : je voulais être elle.

J'étais du genre à courber le dos pour me faire oublier alors cette facilité à être soi-même m'apparaissait terriblement enviable. Je ne suis jamais devenue amie avec Marianne, je l'observais de loin. J'avais tenté - sans grand succès - de me coiffer comme elle. Je m'étais acheté une paire de Rangers comme les siennes. Elle m'avait adressé la parole une fois pour un renseignement insignifiant. Et j'avais dû rougir. Elle m'avait sûrement trouvée bizarre. Ou peut-être même pas. L'indifférence est encore pire.

Marianne cultivait des amitiés exclusives. Après Florent, un garçon que je trouvais plutôt fade, ce fut au tour de Mélanie, sorte de clone un peu raté. Marianne et Mélanie me faisaient penser à un couple d'inséparables, parfaitement auto-suffisantes, légèrement à l'écart, dans leur monde de poupées parfaites.

Je me rapprochais de Florent. Mais dès que je tentais de parler de Marianne, il coupait court par une remarque acerbe ou amère. 

Marianne et Mélanie quittèrent la fac pour rejoindre une école de journalisme et mon obsession s'évanouit aussitôt.

Quant à Florent, il commençait à me lasser. Il avait parfois des accès mélancoliques, pouvait rester enfermé dans sa chambre de bonne pendant des jours sans voir personne et en ressortir plein d'une gaieté factice, voulant "faire la fête" traduisez boire jusqu'à frôler le coma éthylique. Et puis surtout j'avais l'impression qu'il voulait autre chose alors je m'éloignais pour éviter de me retrouver dans une position inconfortable. Je sais que je l'ai blessé mais j'étais incapable d'avoir une discussion à coeur ouvert avec quiconque.

Mes années étudiantes passaient dans un brouillard flou semblable à celui des trop nombreuses cigarettes que je fumais tard dans la nuit rédigeant rapports et mémoires. Je passais des nuits blanches le cerveau saturé de connaissances et de caféine, portée par une excitation de savant fou maladive.

Et puis, comme cela arrive souvent dans les films, un peu moins dans la vraie vie, nous nous sommes retrouvés avec Florent. Un peu par hasard, des amis communs. Il a bien ri lorsque je lui ai enfin parlé de sa supposée attirance qui me mettait mal à l'aise puisqu'il est on ne peut plus gay.

 

Pour faire une pause dans ma thèse qui n'avançait pas tellement ce jour-là, je proposais à Florent un ciné. Nous marchions d'un pas rapide, la tête rentrée dans les épaules, notre corps raidi luttant contre le froid mordant qui s'était installé en quelques jours. Le soleil déclinait déjà et j'avais hâte d'être installée dans la salle chaude et obscure. Soudain, nous nous sommes arrêtés comme si nous avions butté sur un obstacle.

"Marianne !'

C'est Florent qui n'a pas pu retenir ce cri d'incrédulité. C'était bien Marianne, à quelques mètres seulement de nous. Elle n'était pas, comme je l'aurais pensé, en compagnie de l'éternelle Mélanie mais d'une brune sensuelle contre laquelle elle avançait collée. Elles se dirigeaient droit vers nous. J'avais l'impression d'être dans un film au ralenti, je savais ce qui allait se passer et pourtant je ne pouvais pas l'empêcher. J'étais pétrifiée, Florent ricanait à mes côtés, marmonnant "La petite garce !"

Marianne et sa copine nous heurtèrent presque. En nous voyant enfin, Marianne rougit comme seules les blondes peuvent le faire. Florent lui fit un large sourire : "C'est bien toi Marianne que mon côté grande folle agaçait ?"

Je me suis ressaisie, j'ai entraîné Florent dans un café où il a pris un alcool fort. On voyait presque de la fumée sortir de ses oreilles, comme un personnage de dessin animé, tellement il fulminait. J'ai essayé de le calmer comme j'ai pu.

"Mais Florent, elle ne voulait peut-être pas se l'avouer à elle-même, en te rejetant, c'est elle-même qu'elle rejetait..."

La porte du café s'est ouverte à la volée, Marianne est apparue, rouge et échevelée. Elle a tendu un bout de papier à Florent, murmuré : "Tu comprendras je sais... et tu me pardonneras peut-être." Et elle est ressortie aussi vite qu'elle était entrée, dans un tourbillon glacial.

Forent a lu le mot, me l'a tendu :

"A force de me juger à travers le regard des autres, j'ai oublié qui je suis.

A force de me fondre dans le regard de l'autre, je me suis perdue."

 

Quand je repense à Marianne, j'ai du mal à faire coïncider ces deux images : celle du passé, cet ange de pureté sorti tout droit d'un tableau de Botticelli et celle du présent autrement plus complexe. Mais j'ai créé de toutes pièces la Marianne du passé et je ne saurai jamais qui est la vraie Marianne. Elle gardera ses secrets, son mystère, sa face cachée... comme nous tous.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 08:02

pont.jpg

crédit photo : Romaric Cazaux

 

J'adore regarder passer les gens. J'imagine leur vie, leurs états d'âme, c'est mon côté voyeur. Je me suis souvent imaginé proposer d'aller boire un café à l'un d'eux au hasard, me glisser dans sa vie. Parce que la mienne ne me suffit pas. C'est vraiment dommage quand on y pense d'être limité à une seule vie. Je ne saurai jamais ce que ça fait de porter la vie dans ses entrailles et tant d'autres choses qui dépassent le simple fait d'être un homme. Mais on est conditionné : par sa naissance, sa famille, ses choix... Alors j'observe les passants et je rêve à mille et une autres vies, pas forcément plus passionnantes que la mienne mais différentes. En général, je suis à côté du Pont des Arts, ça doit être mon côté romantique... Tous ces couples qui scellent leur amour d'un cadenas me fascinent. Le cadenas pour moi c'est un symbole d'enfermement, de prison... Ce serait ça, le couple, renoncer à sa liberté ? Je cherche un autre symbole, partager quelques bouffées de fumée, un peu de légèreté ? Je contemple l'eau verdâtre de la Seine. J'ai souvent imaginé le grand plongeon mais je ne suis pas si courageux, le contact avec l'eau glaciale tranchante m'effraie. Je reporte mon attention sur les badauds qui déambulent sur le pont en bois. Il n'a pas l'air bien solide... Une jeune fille attire mon attention, elle retire un cadenas, des larmes plein les yeux. J'admire sa détermination, le retrouver parmi ces milliers d'objets semblables, le forcer pour le retirer... Un peu comme on décide d'effacer le tatouage dédié à la personne dont on pensait partager la vie à jamais. Je la regarde s'escrimer et je me décide à l'aider, elle a l'air sympathique. Elle sursaute quand je m'approche, je fais souvent cet effet-là.

"Vous permettez ?"

Je sors un couteau suisse et en quelques secondes, j'obtiens le cliquetis recherché.

La jeune fille me sourit timidement.

"Merci...

- Je peux vous offrir un café ?"

Elle hésite puis hausse les épaules d'un air résigné.

"Si vous voulez."

Au fond de moi, je jubile. Je passe enfin de l'autre côté, dans la vie d'un de ces passants dont je ne fais qu'imaginer la vie. Je suis excité, comme si j'étais sur le point de découvrir un trésor.

Elle commande un chocolat chaud, se confie longuement sur ce petit ami qui l'a quittée et... je m'ennuie. Je la trouve banale, tellement adolescente. Ce n'est pas la jeune fille pleine de caractère que je m'étais imaginée.

"Cela m'a fait du bien de vous parler !"

Elle me sourit franchement cette fois. Je lui rends son sourire sans ouvrir la bouche, une habitude visant à masquer les dents qui me manquent. Elle insiste pour payer mon café et je la laisse faire, les temps sont durs. Et puis nos chemins se séparent, je vais retouver mon banc d'où je contemple la vie des autres et elle sa vie qui reste à construire.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 19:12

bulles.jpg

crédit photo : Romaric Cazaux

 

Les gens paraissaient heureux, aussi légers que les bulles de savon qui les entouraient. C'était un sentiment enivrant, se fondre dans ces petites sphères multicolores de transparence, impermanentes et précieuses mais sans attachement. Elles éclataient, parfois même on les crevait exprès mais on en créait d'autres, toujours plus nombreuses, plus grosses. Des personnes tournoyaient sur elles-mêmes, d'autres sautaient comme pour tenter d'attraper les bulles insaisissables, certaines semblaient presque danser sur une musique intérieure. Mais les regards étaient empreints de gravité. Une jeune femme paraissait particulièrement concentrée. Elle soufflait très doucement et la bulle qui se formait ne cessait de grossir. Un petit garçon la fixait, fasciné. Enfin, la bulle prit son envol et le petit garçon battit des mains en sautant d'excitation. La bulle s'envola, plus haut, toujours plus haut jusqu'à ce qu'on la perde de vue.

Je contemplais ce groupe étrange des souffleurs de bulles. C'était le dernier soir. La fin du monde avait cette fois été prédite avec exactitude. Chacun devait choisir à quoi occuper ses derniers instants. Il y avait une poésie certaine à se réunir pour faire des bulles ensemble. Je les observais car j'étais incapable de cette légèreté. J'avais beau souffler : pas la moindre petite bulle. Je n'envoyais que des postillons. Des enfants y parvenaient mais je restais pétrifié. Et la pensée de mourir avec la peur au ventre rendait cette fin pire encore. Le petit garçon que j'observais me lança un regard.

"Tu fais pas de bulles ?

- Non, je n'y arrive pas.

- Ma maman, elle en fait des grosses... des énormes !"

Je souris malgré moi de son enthousiasme.

"Tu veux qu'elle t'apprenne ?"

La jeune femme me fit un faible sourire. "Allez-y, essayez, après tout, vous êtes là pour ça, non ?"

Je pris le flacon qu'elle me tendait et je soufflai aussi doucement que je pus. Une bulle se forma, elle grossit jusqu'à avoir la taille du petit garçon puis de sa mère... elle nous enveloppa tous les trois...

 

En me réveillant ce matin-là, j'avais une boule au ventre, comme d'habitude. Mais un certain soulagement à l'idée d'appeler enfin Anna, la mère de mon petit garçon que j'avais quittée trois ans auparavant sans explication.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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31 octobre 2013 4 31 /10 /octobre /2013 07:12

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crédit photo : Marion Twenty three peonies 

 

Il y a les gens nets et les gens flous. Je fais sans aucun doute partie de la seconde catégorie. Même coiffée et maquillée avec soin, j'ai toujours quelques mèches rebelles, des contours imprécis.

Quand je voyais une personne nette, je l'enviais. Je pensais que la vie était sûrement plus facile pour elle. C'est sans doute pour cela que Caroline me fascinait tant. Ses traits fins, presque durs, ses vêtements aux coupes impeccables... On imaginait facilement sa penderie : tout bien suspendu, trié par couleurs... Et sa vie à son image : organisée, tracée à l'avance.

Nous avions pris l'habitude de nous retrouver dans un salon de thé après le travail tous les vendredi. Elle prenait toujours la même chose : un thé à la bergamote et des scones dont elle laissait la moitié. J'étudiais la carte comme si ma vie en dépendait pour finir par choisir la boisson et le dessert les plus improbables. C'était parfois une révélation, parfois décevant, en tout cas surprenant. Nous étions toujours un peu mal à l'aise au début. Caroline me souriait de son sourire sur commande tandis que je tripotais machinalement mes cheveux. Et puis on nous servait et le fait de siroter son éternel thé à la bergamote et grignoter la moitié de ses scones semblait lui donner une contenance et Caroline prenait le contrôle de la conversation, m'interrogeant sur ma vie sentimentale manichéenne - désespérément vide ou incroyablement tumultueuse - mon travail dont je changeais tous les six mois, mes passions éphémères. J'avais pour habitude de dénicher sans cesse de nouveaux centres d'intérêt inattendus : mosaïque, tricot, danse tzigane, krav maga, harmonica et j'en passe. Un tourbillon sans fin. Cela amusait beaucoup Caroline. J'avais parfois l'impression d'être une sorte de divertissement à ses yeux. Lorsqu'elle avait fini son interrogatoire, je lui posais quelques questions par politesse mais elle n'aimait pas parler d'elle et résumait sa vie en quelques lignes : mariée depuis un an avec son petit ami du lycée, juriste en droit des marques dans la même entreprise depuis qu'elle travaillait, un appartement acheté avec son mari, un projet de bébé. Caroline ciselait ses phrases avec minutie tandis que les miennes restaient suspendues. Je trébuchais sur mes mots. Quand je l'interrogeais sur ses passions, elle ouvrait des yeux ronds. "J'aime beaucoup le cinéma. J'aime lire, quand j'ai le temps. Et je fais du sport. En salle." Une fille complètement nette.

Caroline avait remarqué que j'avais toujours un livre à la main quand nous nous retrouvions. Les livres, ce sont mon autre vie. Toutes les vies que je n'aurais jamais dû vivre, prisonnière de cette enveloppe qui m'a été attribuée, et que je vis pourtant. Les périodes sans livre sont rares, et tellement tristes. Un vendredi où j'étais en avance, je m'étais installée dans le salon de thé désert. J'étais tellement absorbée par ma lecture que je n'avais pas remarqué Caroline qui m'observait. Ce jour-là, il n'y eut pas de préambule gêné. Caroline m'interrogeait avec avidité sur ma lecture. Depuis ce jour, notre rendez-vous hebdomadaire se transforma en club littéraire. Nous parlions de nos lectures, nous échangions des livres. Je n'avais jamais vu Caroline aussi animée, elle en devenait presque échevelée.

Elle me semblait même parfois légèrement floue.

Et puis, un vendredi, elle ne vint pas. J'essayais de la joindre sans succès. Je me dis qu'elle avait ses raisons et je n'insistais pas. Elle se manifesterait quand elle l'aurait décidé.

 

Le temps passa. J'oubliais les rendez-vous du vendredi avec Caroline, je rencontrai enfin un homme qui ne fit pas que passer, je trouvai un travail plus stable, même si mes passions demeuraient changeantes : taï chi, aquarelle, poterie, hindi... C'était un bel après-midi d'automne, je profitais de la lumière douce et un peu irréelle du parc des Tuileries. L'air triste de cet homme me frappa. "Pierre !" Le mari de Caroline. Il semblait content de me voir, me proposa d'aller boire un café. Et j'appris ce qui était arrivé à Caroline. Elle était devenue une lectrice compulsive. Elle dévorait les livres. Elle n'en dormait presque plus, avait quitté son travail. Elle était méconnaissable. Ne mangeait plus, ne se lavait plus. Pierre était complètement démuni. Elle lui semblait tellement lointaine, l'air ailleurs, elle ne semblait même pas elle-même d'ailleurs.

Pierre baissa la voix. "Je n'en ai jamais parlé à personne, mais à toi je sens que je peux le dire. Caroline a disparu.

- Disparu ?!

- Oui, peu à peu... C'était vraiment étrange, comme si elle devenait floue. A la fin, elle était devenue tellement floue qu'on la voyait à peine. Et un jour, je ne l'ai plus vue du tout. Mais je sais qu'elle est là, quelque part."

Le regard de Pierre me fit peur.

"Ah ? Tu es sûr ? C'est vraiment bizarre quand même... Bon, excuse-moi mais je dois y aller là. J'espère que Caroline reviendra..."

 

Quand je me plonge dans un livre, je repense à cette histoire. Et je ne peux m'empêcher de vérifier mon image dans le miroir.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 06:51

hotel.jpg

crédit photo : Marion 

 

Nous avançons appuyées l'une contre l'autre, étouffant notre fou rire. J'ai enlevé mes chaussures qui me torturaient et mes pieds s'enfoncent agréablement dans la moquette. Héloïse introduit la carte magnétique et le silence et l'obscurité de notre chambre d'hôtel un peu minable nous accueillent. Mais à nos yeux, c'est une vraie suite. Pour nos dix-huit ans, nos parents nous ont aidées à financer ce séjour à New York, notre rêve à toutes les deux. Et la démesure de cette ville dépasse nos espérances. Sillonner Manhattan en se dévissant la tête pour apercevoir le sommet des gratte-ciel, se prendre pour Carrie Bradshaw et essayer des escarpins vertigineux, déguster des hamburgers et hot dogs aux tailles improbables, poursuivre les écureuils dans les feuilles mortes de Central Park, assister au musical "Hair" à Broadway, s'ébahir devant la Statue de la Liberté, au sommet de l'Empire State Building...

Et ce soir, le dernier, c'était la parade d'Halloween. Une explosion de joie, de couleurs et de déguisements tous plus fous les uns que les autres ! Nous avions prévu un peu de maquillage pour jouer le jeu mais nos lèvres noires et nos tattoos en forme de citrouille sont passés inaperçus dans ce flot bariolé délirant. Avant de rentrer à l'hôtel en taxi jaune, nous avons fait nos adieux à Central Park, un dernier tour de balançoire dans la fraîcheur de la nuit. Et un trésor de liberté au fond de notre coeur. Nous nous affalons sur le lit où nous éparpillons un sachet rempli de friandises chocolatées et acidulées que nous mastiquons avec délectation, complices, insouciantes.

 

Vingt ans plus tard... Mon mari a eu l'idée de m'offrir une escapade surprise à New York pour la Saint Valentin. Je n'y suis jamais retournée depuis le séjour de mes dix-huit ans. C'est comme un souvenir dans une de ces petites boules de verre. Un instant, je me dis que j'aurais préféré ne pas l'agiter. Un instant seulement... Marc est le genre de mari plein de petites attentions. Il n'oublie jamais aucune date. Ses cadeaux d'anniversaire de mariage sont toujours en accord avec l'année : coton, cuir, bois... Je m'y perds un peu. Alors je lui souris, je l'embrasse et je me blottis contre lui. Je lui dis que je l'aime. Et c'est vrai. Je l'aime. C'est un mari gentil et attentionné. Du genre à rentrer le soir avec un bouquet de fleurs, comme ça, sans raison. Et c'est un père présent. Il ne se contente pas de jouer avec les enfants le soir au moment du coucher pour faire bonne figure et bien les énerver. Non, il est tout à fait capable de les gérer seul un week-end. Je réalise ma chance. Nous irons à New York, tous les deux. J'agiterai la petite boule en verre de mes souvenirs en en créant de nouveaux. Et ce sera bien.

 

Forcément, Marc a réservé dans un hôtel somptueux avec vue sur Central Park. C'est un Central Park enneigé, féérique. Bien emmitouflés, nous trinquons au champagne à notre amour. Mais je regarde le visage de mon mari et j'ai l'impression de ne pas le connaître. Une sensation vertigineuse. Qui est cet étranger qui partage ma vie ? Les traits d'Héloïse, mon amie d'enfance perdue de vue depuis longtemps, s'y superposent et mon coeur se serre. Revivre les derniers fous rires de la fin de mon enfance... C'était mon âme soeur. Elle a laissé un vide que ni Marc ni les enfants ne peuvent combler. Parfois même, être entourée ajoute à cette impression de solitude. Les flocons virevoltent. Marc m'attrape le menton pour m'embrasser. On se croirait dans un film de Woody Allen. Mais il interrompt son geste, me dévisage et murmure : "Marianne, tu as l'air si affreusement triste..."

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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