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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 06:43

"Quelqu'un m'a dit un jour que toutes les familles sont centrées soit sur les parents, soit sur les enfants. La nôtre était centrée sur les parents."

"Je donnerais tout, n'importe quoi, pour être l'homme à qui cela n'est pas arrivé. Je ne peux m'y résoudre. J'ai essayé toute ma vie, et je ne peux pas m'y faire."

"Je raconte cette histoire parce que je ne veux pas que l'on pense que j'ai foutu ma vie en l'air, consciemment, simplement parce que j'étais de mauvaise humeur."

"Je la raconte parce que j'ai dans le coeur une douleur poignante en imaginant la beauté d'une vie que je n'ai pas eue, de laquelle j'ai été exclu, et cette douleur ne s'estompe pas une seconde."

"Et je demande pardon. Je sais qu'il est plus facile de regarder la mort que la souffrance car, si la mort est irrévocable, et que le chagrin qu'elle laisse est appelé à s'estomper avec le temps, la souffrance quant à elle est trop souvent impitoyable et irréversible. Un véritable tableau vivant de la mort qu'elle précède, et qui adviendra, inexorablement."

 

"Je la raconte car je tente de croire, car je crois de tout mon coeur, que toujours demeure l'écho obstiné d'une chanson".

 

Feroces.jpg

 

 

[...]

 

"Féroces" de Robert Goolrick m'a sonnée. Il s'agit d'un récit autobiographique dense et intense, on sent le besoin de l'auteur de se débarrasser de son passé, tentative vaine mais qui j'espère l'aura au moins un peu apaisé.

 

On est tout de suite plongé dans une ambiance glauque dont on ne ressort plus. Le livre débute par trois enterrements : le père, la mère et la tante attardée du narrateur. On enchaîne avec l'accident vasculaire cérébral de son frère et la haine de sa belle-soeur à son égard. Un peu de répit avec les flashbacks vaguement heureux de l'enfance, les cocktails raffinés donnés par les adultes, répit de courte durée puisqu'on repart sur la haine que ses parents éprouvent pour lui, l'auto-mutilation, son séjour en hôpital psychiatrique et la tentative de suicide de son ami - la description en est tellement réaliste que j'ai lutté pour ne pas tourner de l'oeil.

C'est au travers d'anecdotes a priori insignifiantes que Robert Goolrick met à nu les travers de sa famille en apparence exemplaire et heureuse. Dès le début, on pressent l'événement décisif qui a déclenché tant de noirceur mais qui n'est révélé qu'à la fin, au détour de souvenirs en demi-teinte sur son enfance.

 

Une sorte de livre thérapie dans un univers à la Faulkner mais qui parvient à acquérir une portée universelle dans sa réflexion sur la vie et les obstacles au bonheur.

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 05:29

venise-copie-1

Crédit photo : Romaric Cazaux

 

J'ai gâché presque toute ma vie à prétendre, à faire semblant, à passer à côté d'un bonheur pourtant à ma portée... Et tout ça pourquoi ? Par peur ! Peur d'être moi-même, peur du regard des autres, de leur jugement. La culture italo macho catho dans laquelle j'ai été élevé ne m'a pas aidé non plus. Et puis j'ai rencontré Silvio et grâce à lui j'ai enfin réussi à envoyer valser blocages et peurs. Nous avons choisi Venise pour vivre pleinement notre amour au crépuscule de notre vie... mais c'est toujours pareil, dès qu'on croit le saisir, le bonheur s'échappe... J'essaie de revoir le film de nos moments heureux ensemble mais une silhouette revient, celle de Mario, le serveur de notre restaurant préféré avec lequel nous avions fini par sympathiser... Un grossier vaudeville ! Et pourtant, j'ai joué mon rôle, l'amant trompé et meutri, à la perfection.

 

J'ai bu, beaucoup. Trop. Je me suis procuré une arme à feu. C'est plus simple qu'on n'imagine. Une vague idée de vengeance mêlée à un dégoût de moi-même n'augurait rien de bon. J'avais rendez-vous avec Sil, je suis arrivé alors que Mario était en train de lui parler, il gesticulait, le prévenant probablement que j"étais "au courant". Mais Sil ne l'écoute pas, il ne semble même pas le voir, il me regarde, moi et il sait. Il me connaît mieux que moi-même, il devine l'arme que je serre sous mon manteau et l'usage que je lui destine.

Ce regard... c'est comme si Silvio me disait ces mots : "Roberto, je sais ce que tu ressens mais je ne regrette rien, il faut bien mourir de toute façon et autant mourir de la main de mon amant, autant mourir d'une mort passionnelle même si la jalousie reste une raison stupide. Mario... Ce n'est rien. C'est toi que j'aime. Mais je comprends, je comprends et je te pardonne. Mais te pardonneras-tu un jour à toi-même ?"

 

"Roberto !"

L'impression d'émerger de très loin... à regret... Tout tangue. Une douleur lancinante me déchire le crâne. Un goût exécrable dans la bouche. Je suis allongé sur une surface dure et froide. Une baignoire. La douceur dans les gestes de Silvio. J'aperçois son visage aimant et aimé et dans un ultime délire lucide je me dis que j'ai envie de choisir une fin heureuse. Pour une fois.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 14:59
10 P'tits Pingouins
 
"10 P'tits  Pingouins sur la banquise
jouent au bowling ; le lanceur vise,
un de ses pingouins roule comme un oeuf.
Les pingouins ne sont plus que..."
 
Ca ne vous rappelle rien ?! Si la structure de la comptine des 10 petits nègres d'Agatha Christie est reprise, on est quand même bien loin de l'univers de la reine du crime ! Ici les pingouins disparaissent au gré de leurs diverses bêtises (taquiner une orque, faire fondre l'igloo, se gaver de crevettes, foncer en bobsleigh...) pour mieux réapparaître à la fin.
Un livre animé ingénieux qui permet une première approche ludique de la soustraction... il n'est jamais trop tôt pour initier les petits aux mystères insondables des mathématiques !


10 P'tits Pingouins de Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet

Hélium éditions

Pop-up à partir de 3 ans

PPV : 14,90 €

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 16:58

Je l'avoue, je suis une grande nostalgique... Alors ça me fait plaisir quand je vois un dessin animé qui n'est pas en images de synthèse mais en aquarelles toutes douces ! 

Entre le scénario et les dialogues de Daniel Pennac et la musique de Vincent Courtois (avec notamment Louis Sclavis à la clarinette), "Ernest et Célestine" est une vraie réussite visuelle, musicale et narrative.

Un petit "mais"... c'est la nostalgique qui parle... l'histoire traditionnelle d'Ernest et Célestine de Gabrielle Vincent a été modifiée dans le dessin animé : Ernest trouve bien Célestine dans une poubelle mais affamé, il veut d'abord la manger et leur amitié se construit progressivement. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec les albums, Ernest y adopte d'emblée Célestine. La fin du dessin animé revient d'ailleurs sur l'histoire originale.

Le message sur l'amitié et la tolérance ne me semble pas non plus superflu...

 

Je vous laisse profiter d'un petit moment de magie !

 


 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 11:40

desert.jpg

 crédit photo : Romaric Cazaux

 

L'expérience du désert... Tant qu'on ne l'a pas vécue, je pense que c'est difficile de l'imaginer. 

Cette étendue infinie de dunes mouvantes qui nous cernent. Cette solitude absolue. Ce monde qui nous dépasse et pourtant l'impression d'être à sa place, petit grain de sable insignifiant mais nécessaire... L'apaisement, la gratitude d'être en vie...

Oui, le désert me rend lyrique ! Et puis ce trek organisé dans le Sahara a pris fin et il a fallu retrouver la routine habituelle... J'ai mis plusieurs mois à m'en remettre, le décalage était trop violent. Je ne supportais plus la pression au boulot. J'avais du mal à suivre les conversations qui me semblaient insipides. Je n'avais qu'une envie : y retourner ! Pour moi, la vraie vie était là-bas, dans la générosité de ces rencontres avec des gens qui n'avaient rien mais trouvaient quand même le moyen de vous faire don de quelque chose de précieux...

 

Le temps a passé, je me suis réhabitué à ma vie. J'ai fait quelques ajustements : je suis devenu mon propre patron, j'ai fini par me caser, on a acheté une petite maison en banlieue... Je suis heureux, je pense. Mais parfois, je rêve du désert, c'est comme un appel lancinant et j'ai peur de finir par y céder... même si cette pensée suffit à faire battre mon coeur plus vite.

 

Atelier proposé par Leiloona

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 17:48

Tous-ensemble-mais-sans-plus.jpg

 

"Très grand seigneur, Nicolas lui avait laissé un mois pour évacuer son appartement, où elle n'avait d'ailleurs apporté que ses illusions. Elle pouvait d'ailleurs les reprendre en partant."

 

"Mais quel était le Dieu qui pouvait trouver bon qu'à trente ans on consacre une vie à chanter toutes les deux minutes, en courbant le tronc jusqu'à l'horizontale, "Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit pour les siècles des siècles" ? Dieu pouvait-il avoir besoin de glorifications aussi pathétiques ?"

 

"Il y avait ceux qui croyaient au Ciel, ceux qui n'y croyaient pas, et ceux qui croyaient de toutes leurs forces à la beauté de l'incertitude. Et la foi de ces derniers était sans doute la plus gratuite, la plus admirable de toutes."

 

C'est grâce à la critique de "Bric à Book" que j'ai découvert ce recueil de Georges Flipo et moi aussi je l'ai dévoré ! Les nouvelles, c'est mon genre de prédilection, en général j'aime lorsque l'auteur parvient en quelques phrases à créer un climat et à donner de l'épaisseur à ses personnages. Mes préférées en la matière : Dorothy Parker et Carson Mc Cullers. Ici, pas vraiment d'atmosphère, encore moins de psychologie raffinée mais plutôt une comédie humaine empreinte d'un réalisme social cynique. J'ai ainsi suivi avec plaisir les aventures ou déboires d'un ancien joueur d'échecs, d'un passionné de cyclisme ou d'une danseuse de tango altruiste...  et même si ce sont des univers qui ne me passionnent pas forcément de prime abord, Georges Flipo est parvenu à chaque fois à m'accrocher, on s'attache à ces personnages qui nous ressemblent quand même vaguement dans le fond...

J'ai particulièrement aimé "Le naturalisme chez Zola" qui présente une mise en abyme réussie de la littérature, superflue mais pourtant tellement nécessaire.

Pas forcément de chute, à part celle de "Compassion", très violente, mais des fins toujours soignées et réussies.

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 08:41

limou.jpg

crédit photo : Romaric Cazaux

 

Je n'ai jamais bien compris ce qui avait poussé Fernando, l'homme à tout faire de mon oncle Tony, à sacrifier sa vie pour cet homme égoïste et sans coeur. Personnellement, je faisais le minimum possible, animée par un vague sentiment de devoir familial. Fernando aurait pu se marier, avoir des enfants... Au lieu de quoi il s'était acharné à jouer le rôle de larbin pour mon oncle dont la seule qualité, à mes yeux, était d'être riche. Je ne le soupçonnais même pas d'en vouloir à l'héritage de Tony, il était à peine plus jeune que mon oncle et rien ne garantissait qu'il puisse en profiter un jour...

 

Lorsqu'ils sont arrivés dans la limousine ridicule d'Oncle Tony ce dimanche-là, j'ai eu un pressentiment. Fernando semblait fatigué. Rien d'étonnant, Oncle Tony EST fatigant mais il semblait ailleurs, à bout. Tony était égal à lui-même, silencieux, hautain, plongé dans la contemplation d'un magazine financier. Je me suis souvent dit que les cours de la Bourse étaient bien la seule information susceptible de l'émouvoir.

Fernando m'a serrée dans ses bras, un peu plus fort qu'à l'accoutumée. Tony m'a inspectée des pieds à la tête d'un air réprobateur : "Pas étonnant que tu sois seule avec cet accoutrement de bohémienne !" Une de ses entrées en la matière chaleureuses habituelles... J'ai renoncé depuis longtemps à lui expliquer que vivre seule est un choix. Après la vie conjugale tumultueuse que j'ai endurée, c'est vraiment le calme après la tempête et avec le temps, on finit par l'apprécier. Et puis, dans le fond, ce type de commentaire est celui d'un vieil homme seul et aigri, sorte d'oncle Picsou des temps modernes.

 

Les déjeuners dominicaux familiaux sont longs, très longs et pesants, très pesants. Ma famille n'est pas une famille soudée et aimante. Dès que l'un d'entre nous s'absente, les autres se chargent de lui à coups de médisances et c'est sans doute pour l'éviter que je m'évertue à être présente. "La pauvre Janet... c'est dur quand même... presque quarante ans et toujours pas d'enfants... Vraiment, la pauvre !" Non, mieux vaut endurer un énième déjeuner ennuyeux et interminable plutôt que de prendre ce risque.

Ma mère me toise à la manière d'Oncle Tony, pourtant ce n'est pas sa soeur mais ils ont le même regard perçant, la même dureté du coeur. Mon père me serre plus chaleureusement contre lui. Je sais que ma mère l'épuise avec ses reproches et récriminations incessantes. Mes deux frères cadets sont déjà là, attablés avec leurs tribus. Une famille modèle, en apparence.

 

Je m'éclipse après l'entrée, un plat de pâtes - ma mère n'a pas des origines italiennes pour rien - déjà repue et excédée. Je sors sur le perron fumer une cigarette, Fernando est assis sur un banc, l'air perdu. Je lui offre une cigarette et nous fumons en silence quelques instants. Je sens qu'il a envie de me parler. Lorsqu'il se décide enfin, sa voix tremble un peu :

"Janet, j'ai beaucoup réfléchi et finalement je me suis dit que je devais t'en parler...

- ... ?

- Tony veut le cacher mais il est malade, très malade... Un cancer... Il n'en a plus que pour quelques mois..." La voix de Fernando se brise.

Je scrute mes émotions, en vain. La tristesse que je devrais ressentir est trop bien enfouie. En voyant le visage crispé de Fernando qui lutte pour ne pas céder aux larmes, je me sens honteuse.

"Fernando, j'ai toujours voulu te le demander, ça a beau être mon oncle, c'est surtout un homme odieux. Comment as-tu pu le supporter toutes ces années ?"

Fernando me dévisage, l'air surpris.

"On a grandi ensemble. Tony, c'est le frère que je n'ai jamais eu !"

Je pense à mes frères de sang, aux sentiments si ténus qui nous lient. On ne choisit pas sa famille en principe. Fernando lui l'a choisie et elle a beau revêtir les traits d'un vieil homme revêche et malade, il l'aime.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona 

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 08:04

pont.jpg

Crédit photo : Romaric Cazaux

 

Je sens que je parle trop pour meubler, éviter qu'un silence gênant s'installe. Loïc a la tête rentrée dans les épaules, le visage enfoui dans sa capuche, impossible de deviner ce qu'il pense... Quand il était petit, c'était facile, j'inventais des jeux, des histoires, il riait aux éclats et en réclamait toujours plus ! Et puis le petit garçon enjoué s'est transformé en cet adolescent taciturne et mal dans sa peau. Un étranger pour moi. J'ai pris l'habitude de lui lancer des piques pour le faire réagir, retrouver une forme de complicité mais la seule réaction que j'ai obtenue, c'était de la violence. Alors on s'est muré dans le silence, chacun de notre côté. Je ne sais plus rien de sa vie, enfin juste ce que sa mère veut bien me raconter et ma vie ne semble pas tellement le passionner non plus. Pourtant, je l'aime ce grand dadais mais je ne sais pas comment lui montrer. Oui, je sais, c'est moi l'adulte, c'est moi le père... Mais je ne sais pas, je ne sais plus.

Alors aujourd'hui, je parle, je parle, je dérive sur ma Bretagne natale, je m'agite, fais de grands mouvements de bras pour désigner ces îles qu'on aperçoit au loin...

Nous sommes arrivés au bout de la jetée et moi au bout de mon monologue. Epuisé, vidé. Loïc se tourne vers moi et je vois qu'il a les larmes aux yeux. "Tu sais Papa, ça me fait du bien de passer du temps avec toi, même sans parler..."

Un bonheur sans nom irradie dans ma poitrine. Le bruit des vagues apaise mon tumulte intérieur. Je passe un bras autour des épaules de mon fils. Nous deux, seuls face à l'océan infini, ce spectacle qui nous dépasse.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 16:26

"Terri Weedon was used to people leaving her. The first and greatest departure had been her mother's, who had never said googbye, but had simply walked away one day with a suitcase while Terri was at school."

 

the-casual-vacancy.jpg

 

"The Casual Vacancy", en français "Une Place à Prendre", le dernier J.K. Rowling a dû déconcerter plus d'un fan d'Harry Potter... Pas la moindre trace de l'univers inventif d'Harry Potter mais un réalisme social presque pesant.

Il m'a fallu une centaine de pages pour parvenir à rentrer dedans. La multiplicité des personnages est un peu déroutante ainsi que l'intrigue en apparence assez mince.

On se trouve plongé dans la petite ville de Pagford avec les répercussions de la mort de Barry Fairbrother, personnage dont on ne sait rien et qui nous indiffère un peu a priori. Mais peu à peu les éléments d'un puzzle tragique se mettent en place, des relations denses se créent entre les personnages qui prennent de l'épaisseur. J.K. Rowling est aussi à l'aise pour se mettre dans la peau d'une adolescente aux tendances suicidaires que d'un homme mûr atteint d'anxiété maladive. Son regard acerbe n'épargne personne. Elle met à jour les bassesses et mesquineries cachées chez chacun avec délectation.

Les personnages, à part feu Barry Fairbrother qui illumine de son humanité ceux qui l'entouraient, sont dans le meilleur cas ridicules et dans le pire nocifs.

La petite ville de Pagford forme ainsi un condensé de toute la misère humaine et de toutes les hypocrisies sociales... Viol, violences conjugales, drogue, maltraitance, adoption mal vécue, pathologies psychologiques lourdes et j'en passe...

Une des histoires les plus cruelles à mon sens (sans compter bien sûr celle de la famille Weedon qui remporte la palme haut la main) est celle du couple formé par Kay et Davin, Davin représentant l'homme lâche dans toute sa spendeur et Kay la femme pleine d'illusions prêtes à se fracasser.

Un livre très noir avec une lueur d'espoir tamisée...  Il m'apparaît un peu comme une quête de rédemption mais au final bien peu la trouvent, engoncés dans les conventions et surtout dans leurs mensonges envers eux-mêmes.

 

Pour un autre avis, voir celui du blog de Denis.

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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 09:01

books 

Je quitte précipitamment la maison de retraite pour me réfugier là où je pourrai laisser libre cours à mes émotions. Je n'ai même pas reconnu Mado, il a fallu que je me fasse à l'idée que cette petite vieille amaigrie et voûtée, perdue on ne savait où, fixant d'un regard vide la télévision allumée en permanence sur des inepties qu'elle aurait dû détester, c'était elle. Elle non plus ne m'a pas reconnu, elle m'a appelé Philippe - le prénom de mon père. D'une certaine manière, elle nous a déjà quittés et les larmes que je verse sont des larmes de deuil, le deuil de ma petite grand-mère si dynamique et cultivée.

J'effleure du doigt les rayonnages de ma bibliothèque, à la recherche de... Le voilà ! J'inspire à pleins poumons son odeur de papier jauni, l'impression de retrouver un vieil ami. Je me pelotonne dans mon canapé et un sourire m'échappe en repensant au jour où nous nous sommes rencontrés.

 

J'observe Mado à la dérobée, hostile. Elle est plongée dans un livre avec un petit sourire de connivence. Elle m'a lancé : "Choisis donc un livre, ça te changera un peu de tes jeux vidéo !" et m'a laissé en plan dans cette boutique poussiéreuse pleine de vieux bouquins. Pas la moindre petite BD en vue. Je jette un coup d'oeil distrait aux livres devant moi : "Le martyre de l'obèse"... plutôt marrant comme titre, je pourrais l'offrir à une fille de ma classe... "Le calvaire"... c'est ce que j'endure à présent. Mes potes sont sur la rampe du parc avec leurs skates et moi je suis bloqué avec ma grand-mère pour l'après-midi. En guise de punition, mes parents savent y faire... Plus de Play Station, plus d'internet, l'ennui est déjà bien installé. Je ferais aussi bien de choisir un bouquin. Après avoir fourragé quelques instants, je dois me résoudre à l'évidence, il n'y a que des vieilleries sans aucun intérêt, encore pire que ceux qu'on nous oblige à lire au collège. Autant en choisir un au hasard. Je ferme les yeux, tends la main... et tombe sur "La Chute" d'Albert Camus. Voilà.

 

Je ne peux pas expliquer ni alors, ni aujourd'hui ce qui m'a autant fasciné dans ce dialogue intérieur d'un homme avec son double mais je sais que j'ai fait, ce jour-là, mon entrée dans la littérature par la grande porte. Et l'image que je conserve bien précieusement de Mado, ce sont nos après-midi passés devant un thé dans son petit appartement soigné, son regard bleu délavé et pourtant pétillant lorsque nous discutions de nos lectures respectives ou de choses et d'autres, du passé, de notre famille...

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