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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 06:12

"Quatre choses, avait-il appris, ne reviennent jamais en arrière : le temps passé, la pierre lancée, le mot prononcé, l'occasion manquée."

le contenu du silence

 

Lucia Extebarria fait partie de mes écrivains contemporains préférés. On ressent la tendresse dont elle couve ses personnages, un peu paumés, un peu marginaux, un peu drogués, surtout abîmés par la vie. Ses histoires se tissent autour de liens forts, amicaux, amoureux, familiaux, et son écriture se déploie avec générosité.

Je ne m'étais pourtant pas ruée sur "Le contenu du silence" dès sa sortie l'an dernier, refroidie par des critiques très mitigées mais en tombant sur la version poche, je n'ai pas résisté !

 

Le silence, c'est celui de Gabriel dans son couple mais c'est aussi celui de la soeur de Gabriel, Cordelia, victime d'une secte. Gabriel part à la recherche de sa soeur et du contenu de ce silence.  

Le séjour de Gabriel aux Canaries est surtout le prétexte à l'exploration de ses sentiments, d'un passé qui ressurgit peu à peu, d'un présent qu'il fuit.

Les personnages sont intrigants, complexes psychologiquement, ils se débattent avec le poids de leur passé, leurs sentiments... On sent dans ce roman l'attrait de Lucia Exteberria pour les secrets de famille (et pour l'ésotérisme !).

Ce n'est, à mes yeux, pas son meilleur roman mais j'ai adoré les descriptions des Canaries, sans les connaître, j'y ai été complètement transportée !

 

Extrait : "L'attirance irrépressible qu'il ressentait pour Helena n'avait pas de motif concret ni rationnel. Il n'aurait pas su dire ce qui, en elle, le rendait fou à ce point, alors qu'il aurait pu énumérer instantanément les cent raisons qui lui avaient fait penser qu'il devait épouser Patricia. Peut-être, justement, parce qu'elle était irrationnelle, qu'elle le renvoyait à son propre côté obscur et souterrain, à ses carences infantiles et à ses peurs inavouables. Tandis que l'amour de Patricia... Cet amour chaud comme un édredon de plume, sucré comme un gâteau de mariage, constant comme l'eau qui coule d'une source, collant comme un velcro... C'était justement cette relation de dépendance qui l'attirait vers elle et le repoussait en même temps. Un romantique aurait pu dire qu'elle se donnait à l'être aimé, un sceptique aurait objecté qu'elle était dépendante à l'excès, qu'elle ne savait pas rester seule, et même - comme Gabriel, dans ses plus forts moments de doute, s'était enhardi à le penser - qu'elle vampirisait ceux qu'elle aimait en prenant chez eux l'énergie et les raisons de vivre qu'elle ne trouvait pas en elle-même."

 

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 07:27

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crédit photo : Romaric Cazaux

 

C'était une rue tranquille. Un soleil timide perçait au travers des arbres en fleurs, projetant leur ombre dentelée sur le sol. Tout était calme, serein. Un homme était assis sur le perron d’un teinturier. Dans la vitrine, une robe à crinoline renforçait l’impression d’un temps suspendu. L’homme sortit une cigarette. C’était sa dernière.

Il repensait au jour où il avait quitté son village natal d’Estévenens, sa petite amie de toujours, l'entreprise de son père dont il allait hériter... Il était parti avec un seul sac et sa guitare. Au début, la ville de Londres l'oppressait, il se sentait seul, déraciné et écrivait des lettres sans fin à sa fiancée... Jusqu'à ce qu'il commence à apprécier l'agitation de cette ville, à savourer l'anonymat et la tranquillité qu'elle lui procurait. Il s'était créé de petits rituels : le café du matin dans un coffee shop, toujours le même, la serveuse avec laquelle il avait fini par sympathiser et qui lui offrait parfois un muffin. Le pub où il aimait s'installer pour observer les gens, écrire et déguster un fish and chips graisseux. Les promenades dans les parcs par tous les temps, y compris pluvieux, surtout pluvieux. Londres avait un charme incomparable sous la pluie, les pelouses sans fin devenaient alors presque fluorescentes. Il contempla les maisons cossues de Notting Hill et sourit. Le souffle léger du vent était comme une caresse. Il écrasa son mégot. Il était temps de rentrer chez lui.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

 

 

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 12:26

Gatsby-Le-Magnifique-Affiche-Leonardo-DiCaprio-Car-copie-1.jpg

 

Gatsby, pour moi, c'est d'abord Robert Redford, dans un film que je n'avais pas bien compris mais qui m'avait marquée quand j'avais une dizaine d'années. J'ai lu le roman de Fitzgerald par la suite et pour être honnête, je n'en garde pas un souvenir impérissable... Mais une histoire d'amour qui se déroule pendant les Années folles m'attire de façon magnétique dans une salle obscure !

 

La démesure de la réalisation est à la limite de la caricature ce qui n'est pas une surprise puisqu'on la doit à Baz Lurhmann, réalisateur de "Roméo + Juliette" et "Moulin Rouge !". On se trouve propulsé dans une sorte de clip géant à la croisée entre une pool party et la parade d'Eurodisney. La BO que l'on doit de nouveau à Craig Armstrong est également déroutante, mélange de rap, de titres archi connus remixés façon bebop, de Gershwin et j'en passe. Tout ça fait un peu mal au crâne, surtout en 3D.

 

Mais soudain arrive Léonardo DiCaprio ! Je suis loin d'être une fan des premières heures, j'avais détesté "Titanic" mais plus les années passent et plus son jeu gagne en profondeur, je pense notamment à "Les Noces Rebelles". Le film épuisé par trop d'agitation finit par reposer entièrement sur le personnage de Gatsby et sur la prestation de DiCaprio et c'est tant mieux.

Gatsby, c'est un personnage mystérieux, romantique à souhait, un idéaliste qui veut faire revivre un amour passé, tentative perdue d'avance mais en laquelle il croit avec un espoir proche de la folie. Gatsby, c'est un peu chacun de nous... qui n'a pas rêvé un jour de revivre un passé idéalisé, de se voir accorder une seconde chance ?

 

Je pense que les adolescentes d'aujourd'hui devraient être touchées par ce film comme je l'avais été par la version avec Robert Redford et Gatsby aura pour elles éternellement les traits de DiCaprio.

 

Un petit extrait musical !

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 14:02

tea-time.jpg

crédit photo : Romaric Cazaux

 

Tandis qu'il remplit nos tasses, j'essaie de me réjouir. Nous fêtons nos noces d'or. Pour l'occasion, pas de grand dîner mais un petit salon de thé. Nous avons choisi le même gâteau spongieux, le même thé à la bergamote... Cinquante ans de mariage et on finit par agir par mimétisme, c'est plus simple que de faire des choix personnels. On ne sait plus très bien ce qui fait partie de soi, de l'autre. Je lève la tête et esquisse un sourire de remerciement. Nous sirotons notre thé, en silence. J'observe les autres tables à la dérobée. Un jeune couple n'échange pas un mot, pas un regard, plongés dans la contemplation de leurs portables respectifs. Une mère gave son petit garçon, lui enfournant de gros morceaux de gâteau dans la bouche, l'air absent. Je découpe un petit morceau de ma part et je le mastique consciencieusement.

Roger me prend la main, me regarde dans les yeux. "Joyeux anniversaire ma chérie !"

"Joyeux anniversaire, mon amour."

Tout à l'heure, nous nous promènerons dans le petit jardin, au milieu des roses trémières, nous nous assiérons quelques minutes sur un banc au soleil, pour nous reposer, quelques minutes supplémentaires ensemble. Tous les deux, toujours, Rien que tous les deux. Le destin en a décidé ainsi. Même si un petit fantôme flotte toujours à nos côtés.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 16:46

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Il y a quelque chose chez les écrivains japonais, une poésie, une faculté à capturer des instants a priori insignifiants pour en révéler l'importance, qui me touche. Kawakami Hiromi ne déroge pas à la règle.
"Les années douces" relate une suite de rencontres entre Tsukiko et son ancien professeur de japonais à la retraite, qu'elle appelle le "Maître". Ces moments de partage de saké et de tofu grillé, cueillette des champignons ou escapade sur une île sont de petits îlots hors du temps. Les paroles sont rares, le temps comme suspendu. Au fil de ces rencontres se tisse un lien délicat, rare et profond. Ces deux personnages, le vieux maître obstinément digne et la femme-enfant un peu perdue continuent à résonner en moi.

 

Ce roman a été adapté en un manga que je suis curieuse de lire !

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:14

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Eva soupira d'aise. Bien calée dans son fauteuil massant, une tablette de divertissement devant elle, sa perfusion énergétique branchée, elle savourait ce moment de loisir. Elle enfila son casque et se retrouva propulsée dans un autre univers en trois dimensions, une plage paradisiaque. Elle entendait le bruit de la mer, sentait le souffle du vent... jusqu'à l'odeur de sable chaud. Elle se détendit, ferma les yeux... et s'endormit.

Lorsqu'elle se réveilla, il faisait nuit. Elle ôta le casque et se dit qu'il était temps de s'offrir un autre logiciel de vacances, cette plage commençait à la lasser. Pourquoi pas un petit séjour à la neige ? L'air pur y était particulièrement bénéfique selon ses amis qui se l'étaient offerts. Elle s'étira, débrancha sa perfusion et se prépara pour sortir retrouver Jérôme. Elle hésita devant ses masques en silicone... Elle était plutôt d'humeur pour un visage discret : un nez fin et droit, un menton avec une légère fossette et un front un peu large. Elle jeta un coup d'oeil à ses autres visages mais ces derniers temps, elle se sentait vraiment elle-même avec celui-ci. Les autres étaient trop parfaits, ou trop chargés de personnalité. Elle fixa son système à oxygène et sortit.

Dehors, elle prit un chariot automatique jusqu'à la grande place où elle avait rendez-vous avec Jérôme. Les façades des immeubles avaient beau être peints de couleurs vives, la brouillard gris était tellement épais qu'on les discernait à peine. Les grands panneaux lumineux clignotaient, vendant de l'évasion dans des ailleurs inconnus, à portée de tous et pourtant inaccessibles. Jérôme l'attendait déjà, il était facile à reconnaître, il avait toujours le même visage. Pour une raison obscure, il refusait de porter un masque. Eva lui fit de grands signes et il lui sourit. C'est vrai qu'avec le masque, on ne pouvait pas sourire mais on était sûr d'avoir une peau lisse et sans âge.

Jérôme l'entraîna à pied, Eva détestait marcher, elle essaya de le décider à prendre un chariot mais Jérôme prit un air mystérieux : "Je t'emmène dans un endroit où les chariots ne vont pas..."

Eva haussa les épaules. Autour d'eux, les gens vaquaient à leurs occupations, visages et corps semblables, façonnés par le silicone, les programmes automatiques d'exercice physique et les régimes alimentaires sous perfusion. "On va où ?"

Jérôme lui sourit à nouveau mais ne répondit pas. Eva avait failli rompre à plusieurs reprises, il était vraiment spécial, différent et ça la mettait souvent mal à l'aise... mais ce sourire... c'est vrai qu'elle l'aimait bien ! Ils arrivaient en bordure de la ville et Eva sentait la panique la gagner. "Jérôme, tu sais bien qu'on ne doit pas sortir de la ville !"

Il s'arrêta pour la regarder bien en face : "J'ai découvert cet endroit ce matin, je ne t'y emmènerais pas s'il y avait un danger. Je te le promets."

Elle le suivit, le coeur battant. Au-delà de la ville, ce n'étaient que ruines et désolation, tout avait été rasé puis laissé à l'abandon il y avait bien longtemps. Jérôme était le seul à sa connaissance à s'y intéresser. Ils avaient tout ce qu'il leur fallait dans la ville. Aucune raison d'en sortir. Soudain, Jérôme s'immobilisa et se tourna vers elle, rayonnant.

Sur le bas-côté se trouvait un buste d'homme en pierre. Eva n'avait jamais vu une chose aussi étrange. Il était assez réaliste mais elle ne comprenait pas à quoi il pouvait bien servir. "C'est quoi ?" Elle essaya de masquer son inquiétude sous un ton léger.

La voix un peu tremblante, il répondit : "C'est de l'art."

Eva tourna autour du buste, effleura la pierre lisse et froide du bout des doigts. De l'art... Quelque chose au fond d'elle frémissait, une envie d'arracher son masque peut-être, et de sourire à Jérôme.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 05:57

"La nuit n'a pas de murs et dans le noir les histoires se dévident toutes seules comme des tapis lancés à toute vitesse et sur lesquels on est obligé de marcher en parlant sans cesse, et qui ne mènent nulle part, hormis au petit matin."

"Partout des gens s'aimaient, se déchiraient, mouraient, se trompaient, et là-bas le fleuve coulait paisiblement dans la nuit."

 

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Un roman sur l'infidélité... un énième roman sur l'infidélité ! Je l'ai commencé avec un peu d'appréhension, j'avais peur qu'il ne cède à la facilité mais Christophe Tison réussit à transformer ces treize jours d'un homme infidèle en une quête plus profonde qu'il n'y paraît.

Le roman débute par une banale histoire d'infidélité... Le narrateur forme un couple heureux avec Lara. Un soir où ils dînent avec un couple d'amis, il ne peut s'empêcher de remarquer combien Alexandra lui semble désirable : l'inconnu face à l'habitude, il est terrassé par ses démons en dépit de sa lucidité.

"Oublie Alexandra, les mensonges et les doubles vies qui, tu le sais, ne mènent que dans un enfer ridicule et un pauvre hôtel de périphérie."

"Ma volonté et ma profonde joie étaient d'aimer. Aimer sincèrement la femme que j'avais choisie et que je choisissais chaque matin. Mais mon désir était de la tromper."

 

Le déchirement du narrateur, partagé entre amour et désir, sincère malgré tout, est décrit avec une certaine finesse, cela sent le vécu, on ne découvre le prénom du narrateur que tardivement mais ce n'est peut-être pas pour rien qu'il se prénomme Christophe !

"Je tirai mon Samsung de ma poche et envoyai un message à Lara pour lui dire combien je l'aimais, combien j'aimais notre histoire. Et puis un autre à Alexandra pour lui demander où on se retrouvait. Comme si j'étais deux êtres différents."

"Oui, pourquoi tromper ceux qu'on aime ? Je ne comprendrai jamais. L'amour et le désir sont deux provinces d'un même pays qui se rejoignent ou s'éloignent dans la lente pulsation de la vie. Aujourd'hui, mon coeur redevenait sauvage, il oubliait qui j'aimais et s'échappait malgré moi pour battre plus fort dans une région où je n'étais pas moi-même."

 

Mais peu à peu, cette histoire d'infidélité qui tourne en rond cède la place à une quête plus personnelle du narrateur, qui cherche à se retrouver, à savoir qui il est, ce qu'il veut, indépendamment de ce qui lui a été imposé par le monde extérieur. Un homme qui cherche tout simplement à être heureux...

"Je vivais dans cet avenir immédiat où chacun s'obsède d'un rien, d'une infime contrariété ou d'un minuscule plaisir, même quand le monde s'effondre. "

"Personne n'est vraiment là, hormis dans les moments exceptionnels de danger ou de plaisir, et c'est pourquoi nous les désirons si ardemment. Entre-temps, chacun traverse la vie en songeant à autre chose, en étant à la fois ici et ailleurs. Tout était donc normal. Il fallait seulement que je me rappelle à l'ordre de temps en temps pour voir combien le ciel est bleu en été, combien l'air est transparent et qu'il est doux d'être aimé quand on est aimé depuis longtemps. Surtout quand on est aimé depuis longtemps."

 

Enfin, on bascule dans une sorte de thriller politique, avec une critique de la société de consommation mêlée à un univers de jeux vidéos. Cette fin m'a rappelée celle de "Qu'avons-nous fait de nos rêves ?" de Jennifer Egan, un peu déconcertante, comme si l'auteur n'avait pas bien su comment achever son roman.

"On peut tout consommer, tu sais. Des objets, des passions, de la colère, des paysages, des hommes, des femmes, et même de l'amour. On peut remplir sa vie de tout ce bric-à-brac, s'empiffrer pour ne plus avoir faim sans jamais s'apercevoir qu'on ne fait que consommer. On traverse alors l'existence la bouche ouverte, comme un pantin monté sur roulettes, et on meurt aussi vite et aussi vide qu'on a vécu."

 

Une chose m'a paru étrange dans ce roman, la façon dont l'auteur évoque la fille d'Alexandra avant de l'oublier, petite fille fantasmagorique dont les parents ne semblent pas se préoccuper !

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 15:54

L'exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier est de celles qui interpellent. Tout d'abord parce que Ron Mueck est un artiste rare et secret mais surtout en raison de la particularité de ses oeuvres aussi surprenantes que fascinantes.

La variation d'échelle et le réalisme obsessionnel de ces sculptures en silicone sont déroutants et intrigants.

Il se dégage des oeuvres présentées une grande humanité... la souffrance, la fatigue d'une mère, la perversité des rapports dans un jeune couple, la folie, la perdition ou l'apaisement dans le sommeil. Chaque personnage raconte son histoire et c'est parfois en l'observant avec plus d'attention qu'on découvre un élément caché qui lui donne un autre sens.

L'inquiétante étrangeté, le masque et le rêve dans le réel sont autant de thèmes présents dans l'oeuvre de cet artiste qui ne pouvaient que me parler.

Neuf sculptures sont exposées, complétées par un documentaire tourné dans l'atelier de l'artiste qui permet de constater la minutie et la précision de son travail : cheveux cousus un à un, détails fignolés jusqu'à l'invisible... 

 

couple-parasol.jpg

Couple Under An Umbrella (300 x 400 x 500 cm)

J'ai choisi cette photo sur le site de la Fondation Cartier car elle permet de se rendre compte du gigantisme des personnages. Les détails de cette sculpture sont impressionnants : transparence de la peau, plis, veines... Ce couple semble réellement de chair et d'os.

 

couple-parasol2.jpg

 

woman-with-shopping-copie-1.jpgWoman With Shopping (113 x 46 x 30 cm)

Cette femme qui tient à bout de bras deux sacs de courses, l'air harassé, le regard figé devant elle, l'air absent, alors que son nourrisson cherche son regard m'a particulièrement touchée. 

 

masque.jpg

Mask II

Il s'agit bel et bien d'un masque, l'envers est creux, autoportrait de l'artiste.

 

Drift-copie-1.jpg

Drift

Ce personnage de golden boy dérivant sur son matelas pneumatique est présenté sur un mur à la verticale rappelant étrangement le Christ sur sa croix.

 

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Man in a Boat

Je m'interroge toujours sur ce que ce personnage sorti tout droit du radeau de la Méduse regarde...  

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 15:25

 

 

Elle étala son glaçage parfait, profond et sirupeux, complètement absorbée par sa tâche. Un tablier noué autour de sa robe fleurie, les cheveux relevés en un chignon lâche, maquillée avec soin, elle incarnait la perfection domestique. Un geste brusque lui échappa et le gâteau s'écrasa, glaçage contre terre. Sa bouche vermillon se tordit comme si elle allait hurler et des larmes s'échappèrent de ses yeux écarquillés. Mais elle se ressaisit aussitôt, recomposant son masque parfait, à l'exception des deux traînées de mascara qui lui barbouillaient les joues. Piétinant les débris du plat, elle ne sembla pas remarquer les entailles qui se formaient dans ses pieds nus. Elle ramassa le gâteau à l'aide d'une spatule, le fit glisser sur un autre plat, gratta un peu le glaçage avec un couteau et y planta cinq bougies. Et elle les regarda se consumer...

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 18:13

Texte TRES inspiré d'une nouvelle de Dorothy Parker qui m'avait marquée... je l'ai écrit des années après avoir lu la nouvelle en question et en retombant dessus par hasard j'ai réalisé que j'avais vraiment eu bonne mémoire !

 

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Il avait dit qu'il l'appelerait ce soir, pour qu'ils se voient. Il est dix-neuf heures. Ce serait logique qu'il l'appelle avant vingt heures, après, cela fait un peu tard. Elle est prête : elle s'est lavée, maquillée, habillée, parfumée. Son sac et son manteau sont à ses côtés. Elle est assise sur le bord du fauteuil et n'a rien envie de faire. Surtout pas d'attendre. Mais le téléphone reste muet. Peut-être qu'il avait l'intention de l'appeler après vingt heures, il est si imprévisible. Elle pourrait l'appeler mais ce serait reconnaître qu'elle attendait son coup de fil. Elle préfère paraître détachée. Qu'est-ce qu'elle peut bien faire en attendant ? Si elle arrête d'y penser, le téléphone retentira mais il ne peut pas sonner si elle l'espère trop fort. C'est certain. Elle s'efforce de penser à autre chose. Elle aimerait qu'il appelle... Non ! Ca ne va pas ! Elle jette un coup d'oeil dans le miroir : ses traits sont crispés, son regard anxieux. Elle essaie de se détendre en inspirant profondément. Peut-être qu'il avait dit qu'il appellerait s'il pouvait la voir... C'est tout à fait possible. Elle ne se rappelle plus très bien, ses idées sont toutes embrouillées. Dans ce cas, elle peut l'appeler, juste pour être sûre... Non, il ne faut pas, sa fierté est en jeu. S'il ne pense pas à l'appeler, elle ne doit pas y penser non plus. Le téléphone ne sonne toujours pas. C'est incroyable ce que ce petit bout de plastique blanc, obstinément silencieux, a l'air antipathique. Elle le balance avec rage. "Tu vas sonner, oui ?" Là, elle perd un peu le contrôle... Elle ramasse son téléphone, se rassoit. Dix-neuf heures quinze. Elle attend jusqu'à dix-neuf heures trente et après... Après, quoi ? Il faudra continuer d'attendre, au moins jusqu'à vingt heures. Une tension incroyable s'est formée en elle.

Il est peut-être encore au travail, il finit souvent tard. Oui, c'est sûrement ça. Mais il pourrait l'appeler pour la prévenir. Ou alors il est sur le chemin du retour et attend d'être chez lui pour l'appeler. Mais peut-être qu'il l'a oubliée, tout simplement. A l'heure qu'il est, il est chez lui, bien au chaud, et il ne pense absolument pas à elle. Ou pire... il est sorti, sans elle. Mieux vaut ne pas y penser, ça lui arrache le coeur. Mais il a aussi pu lui arriver quelque chose... Les événements vraiment graves n'arrivent qu'aux autres, jusqu'à ce qu'on soit touché. Elle devrait l'appeler. Mais cela risque de l'énerver, s'il est encore au travail. Elle aimerait vraiment le voir ce soir, il la fait toujours attendre ! Pourquoi ne pas lui dire : "Je t'appelle à dix-neuf heures" et l'appeler à dix-neuf heures ? Ce serait si simple, elle n'aurait plus à se torturer ainsi. Qu'est-ce qu'elle peut faire ? Rien. Attendre. Attendre. Et si le téléphone sonne et que ce n'est pas lui ? Elle ne pourra pas parler avec son interlocuteur de peur qu'il appelle et qu'elle le râte. Faites que personne d'autre n'appelle ! Ca y est, elle se sent vraiment angoissée. Est-ce qu'il l'aime ? S'il l'aimait, il ne la laisserait pas dans un état pareil, il aurait senti sa détresse, il aurait appelé. C'est lamentable. Elle se lève, se rassoit. Mais que fait-il ? Pourquoi il n'appelle pas ? Elle entend le silence du téléphone. Il est devenu insistant, omniprésent. Elle attend tellement une sonnerie qu'à chaque seconde, elle est .persuadée qu'elle va se déclencher.
Elle n'y croit plus, il n'appellera pas. C'est toujours pareil. Elle va se démaquiller, se déshabiller et se coucher, épuisée par la tension nerveuse. "Sonne, sonne, je t'en supplie !" Rarement prière aura été aussi fervente. Il a peut-être perdu son portable ou il se l'est fait voler... dans ce cas, s'il n'a pas noté son numéro quelque part - et ça ne lui ressemble pas d'être aussi prévoyant - il ne peut pas la joindre. Il faut qu'elle vérifie, qu'elle l'appelle. Elle compose le numéro, raccroche, hésite. Il est dix-neuf heures trente. Elle ferait mieux d'attendre encore un peu, si ça se trouve, il va l'appeler dans cinq minutes. Ce foutu téléphone finit par sonner. Son coeur s'emballe, elle décroche d'une main tremblante. Bien évidemment, ce n'est pas lui. "Maman, j'attends un coup de fil, je suis désolée, je ne peux pas parler longtemps." Sa mère a beau comprendre, elle monologue dix bonnes minutes avant de finir par raccrocher. Il a sûrement essayé de l'appeler. Il réessaiera. Mais s'il est énervé, s'il ne rappelle pas ? C'est à elle de l'appeler, maintenant. D'ailleurs, il est presque vingt heures. Elle compose le numéro, elle respire mal. Mais personne ne répond.

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