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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 06:19

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Sous le charme de "La grand-mère de Jade", j'ai poursuivi avec la lecture de "La nonne et le brigand" de Frédérique Deghelt. J'ai un peu moins apprécié l'écriture qui perd sa simplicité au profit d'un lyrisme plus enflammé mais une fois encore j'ai été emportée par cette histoire romanesque qui nous fait naviguer entre deux vies, celle de Lysange, femme libre et passionnée et celle de soeur Madeleine, dont Lysange découvre la vie peu banale en lisant son journal de bord... Simple hasard ? On devine que les vies de ces femmes ont un lien secret.

 

J'ai adoré suivre soeur Madeleine dans sa mission en Amazonie. L'histoire d'amour de Lysange m'a beaucoup moins touchée. Mais en tout cas, l'auteure excelle dans l'art des révélations finales !

 

"Il fut une époque où j'adorais les rencontres. Je leur trouvais un charme irremplaçable. Je me disais même que je serais incapable de vivre trop longtemps avec un homme, pour pouvoir en rencontrer un autre."

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 04:51

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crédit photo : Romaric Cazaux

 

Nous profitons des derniers rayons sur la terrasse. Alors que le jour s'achève, la chaleur s'attarde. Nous buvons un verre de rosé bien frais en admirant le coucher de soleil. Tout est parfait : le calme qui monte de la nature, les odeurs de terre chaude... jusqu'aux pissenlits légers qui s'effeuillent seuls dans la brise tiède. Je regarde Gabriel. Je ne suis pas tranquille. Je l'aime cet homme-là mais je sais bien que notre histoire est une fuite dont je vais devoir affronter - seule - les conséquences.

 

La passion dévastatrice... j'avais toujours cru que ce n'était pas pour moi, je la vivais par procuration dans les livres, les films, les histoires des autres que j'écoutais, avide de détails. Je me croyais trop rationnelle, ma lucidité était mon armure. Ma vie, je l'avais construite à mon image : organisée, efficace... banale ? Mariée, deux enfants, un bon job, des amis pour sortir ou partir en vacances, une famille avec laquelle partager les fêtes ponctuant le calendrier. Mais derrière cette façade lisse, une ombre grandissait... une insatisfaction, un manque. Je devenais étrangère à ma propre vie. Une automate qui accomplit les tâches qu'on attend d'elle : gérer les dossiers, les clients, aller chercher les enfants à l'école, surveiller les devoirs, donner le bain, préparer le dîner... Chaque jour identique au précédent. Une succession de matins gris. La machine s'est enrayée. Au début, c'étaient de petits oublis que mon mari me reprochait l'air indulgent : le sac de piscine des enfants, l'anniversaire d'un filleul... Et puis, ça a cessé de l'amuser quand il rentrait et trouvait des plats tout prêts encore dans leur barquette, parfois mal décongelés.

J'ai cessé d'instaurer des rituels, des règles, je laissais dépasser l'heure du bain, les devoirs n'étaient pas faits, les enfants se chamaillaient tandis que je me réfugiais dans la cuisine pour siroter un verre de vin, les yeux dans le vague. Je me débattais pour échapper au poids oppressant qui m'asphyxiait.

J'ignore où cela nous aurait conduit si je n'avais pas rencontré Gabriel. En un sens, il a sauvé mon couple, ma famille. Pour l'instant. Je savoure cette soirée d'été aux teintes chaudes. Je m'en imprègne pour avoir la force d'affronter tous les matins gris qui ne manqueront pas de suivre.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 04:41

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Je ne sais pas si je cèderai un jour au format kindle... La raison principale c'est que je suis (trop ?) attachée à l'objet livre. "Mitsuba" est l'exemple parfait : un livre tout fin, léger, délicat, dont se dégagent des promesses pleines de poésie, d'un temps suspendu. Et je doute qu'un objet technologique puisse me procurer les mêmes sensations.

 

Takashi est un "shôsha-man", un commercial. Entièrement dévoué à l'entreprise qui l'emploie, il tombe amoureux de Yûko, une réceptionniste. Ils se rencontrent régulièrement au café "Mitsuba" (trois feuilles). Mais Yûko ne souhaite pas épouser un "shôsha-man" marié à son travail. Et sa famille semble avoir d'autres projets pour elle...

 

Cet amour contrarié est narré avec retenue et délicatesse. Takashi subit ce monde de l'entreprise inhumain sans révolte apparente ce qui accentue encore l'aspect tragique de cette histoire. 

 

Il s'agit du premier tome d'une série romanesque mais chaque roman peut se lire indépendamment des autres. Aki Shimazaki avait déjà écrit une pentalogie "Le poids des secrets" qu'il me tarde de lire !

 

L'avis de Leiloona grâce à laquelle j'ai découvert ce roman

 

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 08:05

cour

crédit photo : Romaric Cazaux

 

Au lieu de nous réfugier dans la fraîcheur relative de la petite cour, point de mire de tous les regards, nous nous étions faufilés par la trappe du grenier des parents de Sara pour accéder au toit brûlant en tuiles. De là-haut, dans la chaleur aveuglante, la vie de l'immeuble nous parvenait, lointaine. Les fenêtres ouvertes laissaient s'échapper des bribes d'intimité : le son d'une clarinette, air répété sans relâche jusqu'à ce que ces quelques notes deviennent presque insoutenables, des éclats de voix, intonations chantantes, et, parfois, le silence. Des scènes inavouables nous venaient alors à l'esprit. C'est sur ce toit, crispés dans une position inconfortable, que nous avons échangé notre premier baiser avec Sara. Le parfum de sa bouche me revient. Je lève la tête pour regarder le toit, il me paraît moins pentu que dans mes souvenirs. Quelques gouttes annoncent le début d'une averse orageuse. Je reste planté là, tête vers le ciel. Je suis heureux d'avoir fait ce voyage dans le temps, rien n'a changé. Je ferme les yeux et je peux presque revivre mon premier baiser.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 04:31

"La douleur vous refaçonne toujours d'une curieuse manière."

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J'arrive après la bataille, j'ai mis un temps fou à me décider à lire ce livre... la faute à trop de critiques emballées, à une intrigue qui me semblait simplissime - une femme ordinaire gagne au loto et décide de ne rien changer à sa vie - et à une critique prévisible de notre société de consommation.

Et j'ai été agréablement surprise ! Bon, c'est un livre court, facile à lire en trente minutes... mais ce sont trente minutes agréables. Il y a de petits rebondissements, une réflexion autour de l'amour avec un parallèle récurrent avec "Belle du seigneur", des personnages attachants, à commencer bien sûr par Jocelyne, la mercière qui gagne au loto et réfléchit à ses envies avant de se ruer sur sa carte bancaire. Ses envies ça aurait été que ses parents soient en vie et en bonne santé mais comme tout l'argent du monde ne peut pas l'acheter, elle fait des listes pour elle, pour les autres... On croit - enfin on veut y croire - à ce personnage simple, généreux, plein d'amour jusqu'à ce que... Non, je ne révélerai pas la fin !

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 10:59

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L'orage se déchaîne. C'est à la fois effrayant et magnifique. La voiture fend la brume un peu trop vite, la musique un peu trop fort. Les arbres sombres et noueux s'écartent sur son passage.
Nous sommes sur le chemin des vacances. Silencieux, le regard fixé sur la route, la fatigue du voyage collée à la peau. Enfin, c'est la place du village, désertée même par les chats, la petite église qui nous réveillera le lendemain à huit heures à grand coups de carillon et la maison. Le jardin est boueux et humide mais un sentiment de bien-être m'envahit. Nous déchargeons les bagages, la maison est restée figée depuis cet hiver. Nous y avions passé quelques jours en famille, pour Noël. Un Noël magique. Le feu dans la cheminée, la lumière blanche scintillante dehors, un moment de bonheur hors du temps. L'été, bien sûr, c'est différent. Un couple d'amis doit nous rejoindre dans quelques jours.

Nous nous affalons sur notre lit. Un trou dans le matelas nous sépare, nous nous figeons sur le dos, chacun de notre côté.

 

Je me réveille tard. Je suis seule. Jean n'a pas laissé de mot. Je prépare du café, fais griller quelques tartines au four. J'aime la cuisine avec sa grande table en bois, si conviviale. Mais ce matin, je suis seule face à mon café et mes tartines et j'ai un peu le vague à l'âme. J'ai bien mérité ces vacances, l'année s'est achevée par une promotion, ce qui signifie un meilleur salaire mais surtout plus de travail. J'aime mon travail, chargée des ressources humaines dans une société multimédia, mais ces derniers temps, j'aimerais avoir plus de temps pour moi, le temps de faire un enfant... Dehors, l'orage a laissé la place à un soleil timide et quelques nuages, des cumulus ? Je redécouvre le jardin, les noyers, typiques de la région, la balançoire dans l'arbre, sur laquelle plus personne ne monte depuis longtemps, la table sous le gros chêne où nous prenons nos repas, quand il fait beau. J'emprunte le petit chemin qui mène à la piscine. Les parents de Jean l'ont faite construire l'été dernier, afin de louer la maison à un meilleur prix. Elle surplombe la vallée. C'est un endroit paisible, au milieu de la nature, hors du monde. Je m'installe sur une chaise longue, au bord de l'eau. Je me demande où Jean est allé. En vacances, il se lève tôt et a besoin de "profiter de ses vacances", c'est-à-dire établir un planning bien précis de tout ce qu'il doit faire : sport, visites, jardinage, et même les courses. La cuisine reste mon domaine. Je me dis que je pourrais faire des grillades ce midi, pour notre premier jour, avec une grosse salade. Je retourne vers la maison, en espérant que Jean sera rentré pour m'accompagner faire les courses. Je respire à pleins poumons et je jette un dernier coup d'oeil aux pins qui entourent la piscine. J'ai très faim, tout à coup.

 

J'émerge de ma sieste. Déjà quatre heures... Alice et Eric arrivent dans deux jours. Je descends me préparer du café. Jean est dans la cuisine, il s'active à tout ranger. "Tu as beaucoup dormi. Tu vas être encore plus fatiguée, tu sais." Je bâille en guise de réponse. "Je me fais un café, tu en veux ?"

Le soleil cogne, je flotte sur un fauteuil en plastique transparent. Jean lit au bord, sur un transat. Tout à coup, il saute dans la piscine, m'éclaboussant. Je peste. Puis, il grimpe sur mon fauteuil, achevant de me tremper. L'après-midi se traîne. Nous n'avons rien prévu pour le soir. Eric et Alice arrivent le lendemain. Finalement, Jean opte pour un dîner au restaurant en amoureux. Cela ne fait que trois ans que nous sommes ensemble mais parfois j'ai l'impression que notre couple est déjà usé et je ne sais pas quoi faire pour raviver la magie. Lorsque je fais des efforts, ils tombent à plat sous le coup de l'humour à froid de Jean. "Tu as un service à me demander, c'est ça ? Te fatigue pas..." Je me dis qu'un bébé, peut-être... mais je redoute d'en parler. Le vin de pays aidant, je me détends. La nourriture est bonne et copieuse : soupe paysanne, foie gras, omelette aux cèpes, fromage et gâteau aux noix.

"Et si on faisait un bébé ?" Jean m'observe avec attention. "Bien sûr, j'y ai pensé moi aussi. Mais on ne peut pas faire ça à la légère, il faut être sûrs de nous." J'acquiesce. Mais que veut-il dire ?

 

Je passe une nuit agitée. Je me tourne et me retourne en me demandant ce que Jean a voulu dire : sûrs de vouloir un bébé ou sûrs de vouloir rester ensemble ? J'aurais pu lui demander, j'aurais dû lui demander mais j'ai choisi l'incertitude plutôt qu'une vérité que je n'étais pas prête à encaisser. Ses marques de tendresse ne cessent de décliner mais il reste avec moi... Il y a des passages à vide dans tous les couples. Et moi, qu'est-ce que je veux ? Je ne veux pas quitter Jean, encore moins qu'il me quitte. J'ai trente-deux ans, pas mal de kilos en trop, je me sens moins sûre de moi et moins séduisante qu'avant, je ne veux pas être seule, je veux fonder une famille... Enfin, je m'endors, épuisée et tendue.

 

Le soleil est radieux ce matin, le ciel d'un bleu éclatant, mais un vent frais persiste à souffler. Nous allons chercher Alice et Eric à la gare. Nous avons un peu d'avance, nous nous installons pour prendre un café au "Terminal". Jean est impassible derrière ses verres fumés. Comment savoir ce que quelqu'un éprouve pour vous ? Il y a ce qu'il dit, mais il ne faut pas toujours s'y fier. Il y a ce que ses gestes trahissent mais on peut mal les interpréter. Jean règle l'addition et se lève. "C'est l'heure."

Eric est un ami d'enfance de Jean. Je l'aime bien, sans vraiment le connaître. Elancé, des yeux verts qui pétillent, un visage intéressant. Il marche devant d'un pas assuré, traînant Alice par la main, jolie comme un coeur dans une robe très décolletée.
Les deux hommes rient et plaisantent dans la voiture tandis que nous parlons plus calmement avec Alice, un peu intimidées. Nous nous sommes rencontrées à plusieurs reprises mais de là à passer des vacances ensemble... Je ressens un peu d'appréhension. Nous aurions peut-être mieux fait de profiter de ces vacances en tête à tête avec Jean, tenter de sauver notre couple...

 

Nous nous installons tous les quatre sous le gros chêne pour prendre l'apéritif. Eric semble content de lui, comme d'habitude, et Alice, très amoureuse. Jean est quant à lui subjugué par les seins d'Alice. "Alors, quoi de neuf ?" Je déteste cette question mais Eric me l'a posée avec gentillesse alors je m'efforce d'y répondre, je parle de ma promotion... Jean m'interrompt : "On est en vacances, là. Si tu pouvais éviter de parler boulot, ce serait gentil, vraiment." Il tente d'atténuer sa remarque couperet par un petit rire. Eric change de sujet.

Je suis mortifiée. Je fais le service, je sers les invités tandis que Jean boit et plaisante. Mais pour qui me prend-il ? Au dessert, Eric pose une main sur le ventre d'Alice, un sourire radieux flotte sur son visage. "On a une grande nouvelle à vous annoncer."

 

Je suis allongée sur un transat au bord de la piscine, j'ai gardé un tee-shirt en dépit de la chaleur. J'observe Alice à la dérobée. La grossesse lui va bien. Elle feuillette un magazine du type "Cosmo". Je tente de me replonger dans "L'inconsolé" de Kazuo Ishiguro, Alice s'est extasiée sur l'épaisseur du livre. Forcément, à côté de Cosmo... Je commence à me sentir aigrie. Jean m'a ignorée toute la journée, comme s'il avait honte.

Le soir, prétextant une migraine, je monte me coucher sans dîner. Qu'ils se débrouillent.

 

Le lendemain, j'apprends qu'Eric a préparé la veille un dîner aussi succulent que léger à base de basilic frais. Je sens la colère monter en moi, une rage froide qui m'effraie.

Après déjeuner, je pars me promener, seule. Cela m'apaise. Jean évite soigneusement d'évoquer la grossesse d'Alice. S'il s'intéressait un peu plus à moi, aussi, peut-être que je ferais plus attention à mon apparence. Et puis, il est loin d'être parfait lui aussi ! Peu à peu, je sens une certitude me gagner : j'aurai ce bébé, que cela plaise à Jean ou non.

Je rejoins les autres à la piscine. Le ciel s'assombrit à vue d'oeil mais l'air reste lourd et moite. Alice a abandonné Cosmo pour un recueil de pièces de Guy Foissy, c'est vrai qu'elle est comédienne. Eric semble dormir et Jean est perdu dans la contemplation du paysage - ou des courbes d'Alice. Mais tout à coup, cela n'a plus tellement d'importance. Je m'approche de lui et lui chuchote de mon ton le plus sensuel : "Ca te dirait, une sieste tous les deux à la maison ?"

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 13:57

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crédit photo : Romaric Cazaux

 

En revenant au bord du lac, j'ai l'impression de revenir sur les lieux d'un crime. Je me poste en retrait, c'est un bel après-midi d'automne et le rivage est presque désert. La lumière douce et le calme qui règne lui donnent un aspect irréel. J'observe un couple : pelotonnés l'un contre l'autre, ils s'agrippent, seuls dans leur bulle d'amour. Un pincement d'envie me traverse le coeur. Même s'ils ont une bonne soixantaine. Parce qu'ils ont une bonne soixantaine. Sur l'autre rive, deux adolescentes partent dans des fous rires incessants, toutes à leur joie de grapiller quelques instants loin de leurs études, leurs parents, la ville... Elles ont l'air tellement heureuses et insouciantes. Elles doivent avoir à peu près l'âge que j'avais quand... Pourtant, elles me semblent plus jeunes. Lentement, le couple se lève, s'ôtant mutuellement les brins d'herbe accrochés à leurs vêtements. Ils marchent dans ma direction. La femme frissonne légèrement et son compagnon la serre contre lui. Je sais qu'il faut que j'arrête de venir ici. Que je laisse les vivants tranquilles.

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 06:19

"Bonnes ou mauvaises, les conséquences de nos actes sont toujours un mystère."

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De Frédérique Deghelt, je n'avais lu que "La Vie d'une autre" à l'intrigue originale - une femme se réveille sans aucun souvenir des douze années écoulées - mais qui ne m'a laissé aucune trace.

"La grand-mère de Jade" est au contraire foisonnant sur des thèmes qui me sont chers : la lecture, le lien qui se tisse ou se rompt entre les générations, le chemin de vie que chacun choisit...

Les personnages sont complexes à l'image de la grand-mère de Jade, cette femme en apparence simple et paisible qui a toujours mené une double vie à travers les livres qu'elle dissimulait derrière sa Bible.

Le seul bémol, les dialogues m'ont un peu gênée au début par leur manque de naturel mais l'écriture est très belle et m'a emportée aussi bien dans le passé de Mamoune, au coeur de sa maison montagnarde que dans le présent parisien au rythme effréné de sa petite fille journaliste.

 

Jade, journaliste parisienne trentenaire, décide de proposer à sa grand-mère vivant à la montagne de venir chez elle pour lui éviter la maison de retraite. De cette cohabitation naissent des échanges d'une richesse inattendue. Mamoune, la grand-mère de Jade, est aussi Jeanne, cette femme qui a dévoré des livres en cachette durant toute sa vie.

 

Les réflexions sur la lecture sont magnifiques. Et au-delà, c'est une leçon de vie qui nous est délivrée. L'écriture est fine et poétique et l'épilogue inattendu et bouleversant.

Un hymne à la magie de l'écriture. Et de la lecture.

 

Difficile de ne choisir que quelques citations tellement il y a de passages entiers que j'aurais aimé recopier !

 

"Grâce à Mamoune, elle éprouvait des sentiments inconnus, des fils la reliaient à un monde plus ancien, elle sentait qu'elle pouvait suivre le cours de sa vie en continuant à tisser une trame dont elle était issue. Elle n'était plus ce puzzle dont elle cherchait à assembler les morceaux épars."

 

"Tout était en devenir et rien ne semblait venir. On se croit sortie de l'enfance et de la brume de mort de l'adolescence et l'on n'est nulle part, se disait-elle. Certains de ses amis, des hommes plus âgés, appelaient la trentaine le mauvais âge des femmes. Pas la maturité encore mais plus l'innocence des vingt ans."

 

"Nous sommes aveugles et ce que nous voyons chez nos plus proches c'est ce que nous croyons savoir d'eux. Combien de fois sommes-nous trompés par ces étiquettes dont nous avons affublé nos amis ou ceux de notre famille ? Pourquoi ne voulons-nous pas tenir compte de ces mouvements et revirements qui agitent les humains et les font changer ?"

 

"Dans ce qui me séduit, je vois toujours les pensées des personnages et la capacité de l'auteur à m'embarquer pour les visiter. Et puis ces pages sont pleines, mais elles m'offrent une part dans laquelle peut courir ma propre pensée, l'histoire que je construis dans l'histoire..."

 

"Pourquoi ne pas se contenter de cette légèreté de vie, de l'insouciance de l'âge en repoussant aux frontières de la vieillesse ce parfum d'orages qui plane sur la vie ? se disait Jade. Pour la première fois, elle entrevoyait une réponse à la fois terrible et rassurante. Parce que rien ne changeait. Quelque chose était là qui n'avait pas d'âge justement, une sorte de sentiment diffus qui resterait longtemps dans l'illusion d'être immortel et de n'avoir jamais vieilli. Quelque chose qu'il était important de nommer, mais quoi ?"

 

"Mais ce que Jade savait, c'est qu'elle voulait échapper à ce moment insidieux où pour se fondre aux autres on n'éprouve plus rien. Et la solution, ce n'était pas la mort, c'était bien de vivre autrement, de garder l'oeil rivé à cette certitude. Qu'il fallait de la lenteur à toute chose, que la vie des humains s'était accélérée toute seule, dégoulinant dans le vide, mais que rien dans ce monde n'avait véritablement changé."

 

"Peu importe la façon dont on libère les idées. Si quelque chose s'écrit dans notre coeur, même en secret, la résonance de cette parole s'en va dans le réservoir des mots, là où puisent les créateurs."

"Ainsi les écrits pour ne point dire les écrivains formeraient une farandole qui fait danser nos vies, aide à comprendre, à cheminer et parfois à mourir."

 

"Cet épanouissement si particulier qu'on éprouve dans le regard de l'autre. On n'a jamais d'âge dans ces regards-là, on n'a que le bonheur d'y être inondé de tendresse. Les miroirs n'ont aucune importance quand on vit depuis très longtemps dans le regard amoureux d'un être que l'on connaît par coeur. La perte, c'est d'être brutalement placé devant cette glace qu'on a ignorée et qui semble renvoyer cet oubli de soi. On se métamorphose alors en quelques minutes, tel Dorian Gray quand il retrouve son âge réel."

 

"Albert m'a aujourd'hui expliqué que la plupart des lecteurs de romans sont des lectrices et je crois moi que si les femmes lisent tant c'est parce qu'elles peuvent entendre ce qui n'est pas dit et qu'elle n'ont jamais peur que les sentiments laissent sur elles ces traces qui existent déjà dans leur coeur."

 

"J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres."

 

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Klimt "Les trois âges de la vie"

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13 juillet 2013 6 13 /07 /juillet /2013 07:03

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Encore une découverte BDesque que je dois à Moka. Surtout que le graphisme si particulier ne m'aurait pas attirée sans son billet je pense.

 

Il se dégage de cette BD toute en teintes ocres et contours délavés une grande mélancolie.

Pourtant, les premières cases nous présentent un couple complice et amoureux, heureux, sur une plage. Mais on comprend vite que quelque chose a changé même si tout en apparence semble habituel.

Peut-être Maya est-elle un peu distante, comme si elle lui échappait dans ses silences et les heures passées à la maternité à faire naître les enfants des autres...

Peut-être est-ce lui qui se pose trop de questions à ses heures perdues qu'il peine à remplir...

 

On navigue entre leur rencontre en milieu aquatique, les moments clés de leur relation et ce présent douloureux où la pluie n'en finit pas de tomber, un déluge à l'image de leur histoire sur le point de sombrer.

Beaucoup d'eau donc dans cette histoire...

Refuge ou rempart pour le personnage principal qui y enchaîne les longueurs jusqu'à épuisement.

Mais derrière ce rideau de pluie, Maya s'éloigne...

On sent qu'un point de non retour est atteint mais la raison ne sera révélée que tardivement.

La pluie qui devient boueuse signe le naufrage de leur histoire où l'amour se révèle insuffisant.

L'immersion finale prend une dimension de rite purificateur, plongée en apnée dans ses peurs... est-ce trop tard ? A chacun d'imaginer ce qu'il veut suivant sa nature plus ou moins optimiste !

 

Ce que j'aime dans cette BD c'est que derrière son originalité graphique les mots ne font que suggérer, laissant le lecteur vivre l'histoire à sa manière. Le texte concis a des allures de poème, j'ai pensé à "Déjeuner du matin" de Prévert en le lisant.

On peut, je suis sûre, reparcourir ce chemin proposé par Lambé & De Pierpont à différentes périodes de sa vie et y puiser des sens toujours nouveaux.

 

Cette histoire de déluge vue à travers le regard d'un homme un peu paumé est inclassable, inépuisable et envoûtante.

 

Un autre avis tout aussi enthousiaste : Lasardine 

 

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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 07:37

Les titres de Parov Stelar mêlent samples et cuivres dans des mélodies entêtantes, naviguant entre electro swing et trip hop.

La diversité de l'album "Coco" (2009) me plaît  particulièrement. On passe de mélodies poignantes comme "Distance" aux accents très Amy Winehousiens à des airs beaucoup plus légers et dansants, avec quelques incursions du côté du rap ou de la musique klezmer...

 


Le danseur de hip hop TSC Forsythe s'est livré à des démos sur plusieurs titres, ce qui lui a valu une invitation sur scène avec Parov Stelar !

 

J'ai toujours tendance à entendre des ressemblances musicales que je suis la seule à percevoir...

"Ragtime Cat" m'a ainsi fait penser à "Stop Children what's that sound", "Catgroove" m'a rappelé "Your Woman" de White Town et avec "Spygame", on est dans un univers à la James Bond... mais je n'ai pas pu m'empêcher de penser à "Is it Scary" de Michael Jackson ! C'est grave ?!

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