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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 17:38

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Au cas où vous auriez échappé à l'engouement suscité par la Tour Paris 13, il s'agit de la plus grande exposition collective de Street Art jamais réalisée. Une centaine d'artistes de nationalités différentes ont participé à ce projet et investi un immeuble du 13ème arrondissement pour en recouvrir les neuf étages de leurs créations. La tour ne se visite qu'en octobre car elle sera détruite après. Mais un site qui lui est dédié permettra de la sauver virtuellement.

D'un point de vue pratique, je n'avais pas bien compris ce qui m'attendait. Si je n'avais pas été entourée d'amis farfelus, j'aurais sans doute renoncé. Six heures d'attente c'est un peu long quand même...

Les artistes du projet ont chacun leur univers : poétique, décalé, engagé, sombre ou plus léger... et en parcourant les neuf étages de cet immeuble quasi désaffecté (il reste une locataire !) on a l'impression d'être dans une oeuvre d'art géante. On en ressort un peu égaré... une heure pour parcourir les neuf étages, ça secoue !

Si l'expérience vous tente, il ne reste que quatre jours (c'est fermé le lundi) et si vous voulez avoir une chance d'entrer allez-y tôt... quand je dis tôt je veux dire 5-6h du mat... Oui je sais... Sinon la visite virtuelle du site a l'air vraiment très bien !

 

Allez c'est parti pour les photos !

 

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Et si vous êtes amateurs de street art, allez jeter un coup d'oeil à "La parenthèse enchantée", le blog d'Isa, en particulier ce billet vraiment très chouette ! Elle y parle de trois artistes français, C215 et son humanisme poétique, Vhils et sa technique impressionnante de finesse... au burin et au marteau ! Et Seth avec son petit passe-muraille. Tous trois ont d'ailleurs participé au projet de la Tour Paris 13 (désolée de ne pas avoir mis les noms des artistes à ce propos mais j'avoue en ignorer pas mal du coup je n'en ai mis aucun !). Isa nous indique gentiment les adresses où admirer les oeuvres de ces trois artistes dans la capitale.

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Published by Yosha - dans Expos
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25 octobre 2013 5 25 /10 /octobre /2013 15:29

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J'étais curieuse de lire le roman de Rachel Cusk dont Isabelle Czajka s'est inspirée pour son film "La vie domestique".

J'ai aimé les descriptions de lieux banals - parc, centre commercial - qui deviennent des métaphores de l'état d'esprit des personnages. Alors que les éléments - pluie, vent - se déchaînent, ils frémissent, porteurs d'un espoir d'échapper au spleen sans fond de la vie domestique.

Le fond du livre, la réflexion sur les prisons dorées qu'on se construit soi-même, est traité de façon originale, subtilement. Il ne se passe pas grand chose mais on ressent une certaine intensité, une ébullition qui couve. L'écriture de Rachel Cusk, très dense, participe à cette impression.

Mais je comprends qu'Isabelle Czajka ait resserré son film autour de quatre personnages seulement. La multitude des personnages dans le roman rend plus difficile leur identification.

 

"On se rend compte qu'on attend quelque chose, dit Juliet, qui n'arrivera jamais. La moitié du temps on ne sait même pas ce que c'est. On attend la prochaine étape. Puis, à la fin, on comprend qu'il n'y a pas de prochaine étape. Il n'y a rien de plus que ça." (paroles de la mère de Julliette jouée par Marie-Christine Barrault dans le film)

 

"Il faut qu'on change les choses, juste un peu.

Il fallait aimer quelqu'un pour dire ça. Il fallait être prête à donner, afin de demander quelque chose en retour."

 

Lire l'avis de Dasola

 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 18:32

Après la claque d'"Incendies" et vu les critiques assez unanimes, j'attendais beaucoup du second film de Denis Villeneuve. Le casting est plus que parfait, les acteurs réellement habités (Hugh Jackman, Terrence Howard, Jake Gyllenhaal, Paul Dano...), certaines scènes en sont difficilement soutenables. Et on est complètement plongé dans l'ambiance glaciale de cette banlieue résidentielle à première vue banale d'où l'horreur émerge dans une sorte de cauchemar brumeux.

Mais le mélange entre thriller psychologique et rebondissements spectaculaires ne m'a pas vraiment convaincue. Le film aurait à mes yeux gagné en intensité s'il était resté dans son registre initial de face à face entre la victime et son bourreau où les rôles se mélangent peu à peu...

 

D'autres avis : Ori et Dasola

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 05:30

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Un trajet en train, pas de livre sur moi et voilà comment je me suis retrouvée à lire "Les apparences" thriller "indétrônable des listes de meilleures ventes " qui fait l'objet d'une adaptation cinématographique de David Fincher avec Ben Affleck. Tout est dit ! Enfin, presque...

Je ne suis toujours pas bien remise du fait que ce soit une femme qui ait écrit un roman aussi plein de réflexions machistes.
Quelle femme décrirait l'homme dont elle est amoureuse ainsi : "Cela n'a pas d'importance parce que j'ai trouvé mon homme. C'est Nick, décontracté et calme, intelligent et drôle, et pas compliqué. Pas torturé, joyeux. Beau gosse. Gros pénis." ?!

Le passage sur "la Fille cool" soit-disant la fille dont tous les hommes rêvent "qui foncièrement est la fille qui partage le moindre de ses engouements débiles et ne se plaint jamais." est également assez édifiant...

"Etre la Fille cool, ça signifie que je suis belle, intelligente, drôle, que j'adore le football américain, le poker, les blagues salaces, et les concours de rots, que je joue aux jeux vidéo, que je bois de la bière bon marché, que j'aime les plans à trois et la sodomie, et que je me fourre dans la bouche des hot dogs et des hamburgers comme si c'était le plus grand gang bang culinaire du monde, tout en continuant à m'habiller en 36, parce que les Filles cool, avant toutes choses, sont sexy. Sexy et compréhensives. Les Filles cool ne se mettent jamais en colère ; elles font un sourire chagrin et aimant, et laissent leurs mecs faire tout ce qu'ils veulent. Vas-y, traite-moi comme une merde, ça m'est égal, je suis une Fille cool." Je vous épargne, il y a six pages sur la Fille cool...

Bon, je sais bien, ce sont les réflexions d'un personnage mais ça m'a quand même un peu perturbée ! Et finalement, il doit s'agir d'un manifeste féministe plein d'ironie...

 

Pourtant, au début, j'ai vaguement pensé à Stephen King... L'atmosphère étouffante et poisseuse du Missouri dont les personnages se retrouvent prisonniers, ce temps suspendu où l'on sent que quelque chose de terrible va se produire. Mais une fois qu'Amy a disparu et que l'enquête alterne avec des pages de son journal intime, le décor si bien planté ne sert plus à grand chose. Les ficelles sont trop grosses, on comprend vite où l'auteur veut en venir et la fin est aussi artificielle et invraisemblable qu'une Fille cool !
Alors, oui, je l'ai lu et terminé... Si vous avez un trajet en train et rien de mieux sous la main... pourquoi pas !

 

Un autre avis beaucoup plus enthousiaste, celui de Stephie !

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 06:29

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J'en suis arrivée au stade où je précommande les derniers Maggie O'Farrell sur Amazon... Oui, je sais...

J'ai découvert cet auteur avec "Quand tu es parti" et depuis je les ai tous lus ! J'aime la façon dont Maggie O'Farrell plante une atmosphère parfaitement sentie et la psychologie riche de ses personnages dont on partage une tranche de vie. Ses romans se partagent souvent entre deux pays et deux époques faisant ressurgir dans le présent des secrets de famille enterrés depuis longtemps.

"Instructions for a heatwave" ne déroge pas à la règle. On navigue entre l'Angleterre, New York et l'Irlande durant l'été de la canicule de 1976. Robert Riordan, père de famille sans histoire fraîchement retraité, disparaît mystérieusement un matin alors qu'il était sorti acheter le journal. Sa femme et ses trois enfants que la vie a éloignés se retrouvent alors...

 

Ce n'est pas le roman de Maggie O'Farrell que j'ai préféré. J'ai eu l'impression de retrouver des bribes de personnages d'autres romans : Aoife, le mouton noir de la famille n'est pas sans rappeler Alice dans "Quand tu es parti". Et j'aurais aimé ressentir davantage la langueur de la vague de chaleur ! J'ai été moins happée que par ses précédents romans mais l'écriture reste très belle et la trame narrative parfaitement construite avec ses flashbacks coups de projecteur éclairant un présent confus.

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 06:34

 

Ce film tombe à pic... En m'entendant dire à un élève inquiet d'avoir mis de la peinture sur son t-shirt : "Ne t'inquiète pas, ça partira quand maman le lavera.", je me suis reprise de justesse "... ou papa" sachant tout de même que la probabilité que maman s'occupe du t-shirt était la plus forte. 

 

Dans "La vie domestique", les femmes au foyer de la banlieue pavillonnaire chic ont choisi cette vie là. Plus ou moins. Betty (Julie Ferrier) l'a choisie en opposition à ses origines modestes. Mais elle réalise que la vie qu'elle s'est construite dans sa maison d'un blanc immaculé est bien vide...

Le personnage central de Juliette interprété par Emmanuelle Devos, impeccable, en a assez et décide de postuler pour un poste dans une maison d'édition. Elle ne supporte plus sa vie et, par ricohet, son mari.

Les maris sont un peu benêts. Ils fanfaronnent quant à leurs boulots respectifs à travers lesquels ils se définissent. Et rabaissent leurs épouses qui ne travaillent pas.

Les personnalités sont parfois seulement esquissées, comme le personnage d'Inès (Helena Noguerra) femme en apparence superficielle et insensible qui se révèle finalement insatisfaite et oppressée par "l'heure du bain". Affleure une femme qui sauvegarde les apparences, suit une route tracée qui ne lui convient pas.

On sent qu'il en faudrait de peu pour que tout vole en éclats.

Marianne (Natacha Régnier) frôle la dépression, elle aussi voit sa rédemption dans le monde du travail.

La vie domestique - s'occuper des enfants, faire les courses, s'occuper de la maison, boire un café avec les voisines, organiser des dîners - tourne en rond et n'apporte pas les satisfactions escomptées. A cet égard, la scène jouée par Marie-Christine Barrault dans le rôle de la mère de Juliette vaut à elle seule le coup d'oeil !

A l'origine, Isabelle Czajka voulait adapter "La promenade au phare" de Virginia Woolf mais elle a finalement choisi "Arlington Park" de Rachel Cusk lui-même inspiré de "Mrs Dalloway".

 

A lire cet entretien avec la réalisatrice Isabelle Czajka, très intéressant notamment sa réflexion sur le fait que "les femmes qui travaillent font en sorte que les choses se passent comme si elles ne travaillaient pas".

 

L'avis de Christoblog et celui de Dasola

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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 18:57

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Ce film d'animation espagnol de Rodolfo Pastor composé de huit petits épisodes (d'une durée de 42 mn au total) date de 2010 mais il est actuellement à l'affiche au Louxor. Il reste une date ce mardi à 10h15. 

 

Capelito est un champignon en pâte à modeler qui a la particularité de pouvoir changer de chapeau en touchant son nez. Et il n'est dénué ni d'ingéniosité, ni de créativité. Que ce soit pour récupérer son fameux nez, monter un plan machiavélique contre des champignons voleurs de pastèques, s'extraire d'un oeuf géant en chocolat et des griffes d'une autruche trop maternante, sauver un arbre coupé ou encore monter un concert avec des moutons, Capelito ne manque jamais d'idées ! Un film d'animation plein d'humour et de fantaisie !

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 10:16

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crédit photo : Romaric Cazaux

 

Elle claque la porte, s'affale sur son canapé-lit. Comme souvent, elle l'a laissé défait le matin après avoir traîné et s'être mise en retard. Une chance qu'elle n'ait pas d'enfants, elle ne s'imagine pas s'occuper de quelqu'un d'autre. S'occuper correctement de soi-même est déjà une tâche suffisamment délicate. Elle ouvre une boîte de raviolis qu'elle fait réchauffer et mange à même la casserole. Elle les enfourne rapidement, se remplissant de leur mollesse douce-amère. Elle prend une tranche de pain de mie et l'imbibe de sauce. Puis elle se sert un verre de vin qu'elle sirote plus tranquillement. Voilà, c'est sa vie. Il pourrait y avoir autre chose mais elle y a renoncé, il y a longtemps. Le jour où les lumières ont vacillé. 

 

Elle avait quatorze ans, l'âge bête, mais elle ne s'en sortait pas si mal. C'était une élève sérieuse mais appréciée de ses camarades. Elle avait les vêtements qu'il fallait, pas de problème majeur d'acné, quelques amies proches. Elle était sortie avec un ou deux garçons, en fait un mais elle disait deux car ça faisait mieux. Ses parents étaient satisfaits de ses notes et de l'état de sa chambre et ils la laissaient relativement libre de perdre son temps sur facebook ou pendue au téléphone. Une vie d'ado parfaitement banale et heureuse.


Le jour où les lumières ont vacillé, elle rentrait du collège avec deux amies. Elles s'étaient quittées à l'angle habituel lorsqu'elle avait senti une présence derrière elle. Tournant la tête, elle avait aperçu un homme, qui la regardait avec une insistance dérangeante. Mal à l'aise, elle avait pressé le pas. La chaleur lui montait aux joues, elle ne savait que faire : rentrer chez elle et mener tout droit cet inconnu à sa maison vide ? Mieux valait faire un détour et se réfugier dans une boutique... Oui, voilà, c'est ce qu'on lui avait toujours appris : aller chercher de l'aide, ne pas rester seule. Le problème, c'est qu'elle était dans un quartier résidentiel vraiment désert. Tout en réfléchissant, elle hâtait le pas, l'homme continuait à la suivre, la panique la gagnait. Soudain, le clocher qui se dressait à quelques mètres lui souffla la solution : quel meilleur refuge qu'une église ? Elle s'y dirigea d'un pas décidé. Elle poussa la lourde porte et frissonna en pénétrant dans l'édifice sombre. Et maintenant ? Elle n'était plus si sûre d'avoir fait le bon choix, il n'y avait pas âme qui vive. Le Christ cloué n'était pas d'un grand réconfort. Elle entendit la porte grincer. Elle se rua vers le parloir et s'y blottit, retenant son souffle. De là, elle pouvait voir sans être vue. L'homme avançait le long du couloir central - la nef ? - imperturbable. Il regardait droit devant lui et s'assit sur un banc, à quelques mètres seulement de sa cachette.

 

Elle qui n'était pas croyante, une prière lui vint aux lèvres. Elle souhaitait juste que son bonheur dure encore un peu. Un sursis. Une boule d'angoisse se formait dans sa gorge. Suffoquant, elle se forçait à fixer les cierges allumés, à s'aveugler pour ne pas voir l'homme de l'autre côté du parloir, sa silhouette grise menaçante. Elle fixait les petites lumières, s'efforçant d'y voir autant de lueurs d'espoirs, celles de tous les moments heureux qui lui restaient à vivre. Elle y trouvait les visages de sa famille, de ses amis, le sourire de Nino, le petit garçon qu'elle gardait et même les rires des enfants qu'elle aurait un jour... Et elle luttait pour refouler les images d'horreur, ce visage déformé par la douleur, masque de souffrance muette.

Si elle a choisi refuge dans une église, c'est pour y être sauvée.

 

L'homme qui semblait perdu dans ses pensées se lève dans un déclic d'automate. Il disparaît de son champ de vision et elle se dit que ses prières ont été entendues. Soudain, les flammes des bougies vacillent. Une ombre se dresse devant elle. 

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 08:02

 

La magie d'une rencontre, l'alchimie entre deux êtres tient à peu de choses... Dans "La vie d'Adèle", la rencontre entre Adèle et Emma est accompagnée par le son cristallin du hang qui conclut également le film sur une scène de toute beauté.

La vie quotidienne, ordinaire, est parfois transcendée par ces petits moments hors de tout qui laissent entrevoir un autre possible, plus fort et intense.

C'est la magie de certaines rencontres, humaines ou artistiques, et c'est à mes yeux la magie de ce film.

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 07:21

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crédit photo : Romaric Cazaux

 

Jamais je n'aurais imaginé qu'une décision aussi anodine puisse ainsi bouleverser le cours de ma vie.

C'était le début de l'hiver, la nuit tombée avait le calme des premiers froids. Je relevai le col de mon manteau pour lutter contre sa caresse mordante. Je n'étais plus triste. Mais je me sentais vide, dans l'attente de quelque chose... Je décidai de suivre un autre chemin pour rentrer chez moi, acte anodin pour briser un peu la routine du quotidien. La devanture a attiré mon regard. Forcément. Cela avait beau être la boutique d'une fleuriste, ce n'était pas évident au premier coup d'oeil. Plutôt que des fleurs, on imaginait sans peine des filles de joie derrière ces rideaux écarlates, au milieu de ces boas roses en plumes. Cela m'a arraché un sourire. Malgré l'heure tardive et le froid, la porte était ouverte. Sans même réfléchir, je suis entrée. Une femme s'est approchée de moi. Sur ses lèvres flottait un sourire serein, ses yeux verts pétillaient de vie. Sa tenue était à la mesure de la démesure de la vitrine de son magasin. Je poursuivis ma métaphore de mauvais goût : une mère maquerelle de plantes en pot... Pourtant, je dois avouer que toutes ces couleurs me faisaient du bien, bouleversaient la grisaille de mon quotidien.

Elle m'observait, la tête légèrement penchée, l'air intrigué :

"Vous ne vous êtes pas arrêtée aux apparences."

C'était un constat étrange.

"Quelles apparences ?"

"Celles... d'une fleuriste de mauvais goût ! Venez..."

Elle tourna les talons pour se rendre dans l'arrière-boutique. Je la suivis, poussée par une force mystérieuse.

L'arrière de la boutique était jonché de livres, de tableaux, de sculptures... Un fauteuil moelleux me tendait les bras.

"Installez-vous."

Devant un thé à la menthe trop sucré, je me confiai. Moi qui n'avait jamais réussi à pousser la porte d'un psy, je révélai à cette femme les secrets les plus douloureux de mon existence. Je parlais, parlais et son sourire bienveillant ne la quittait pas, entraînant toujours plus de mots, tous ceux qui étaient enfouis depuis trop longtemps et m'étouffaient. Lorsque je la quittais enfin, je me sentais légère. J'ignorais tout d'elle sauf son prénom, Céline, qui faisait figure d'enseigne, mais j'avais la certitude que nous nous reverrions.

Pourtant, je laissais passer quelques jours avant de refaire ce détour. Une femme était en train de descendre le store métallique.

"Bonsoir, Céline n'est pas là ?

- Que désirez-vous ?"

Je dévisageai l'inconnue... elle ressemblait à la femme qui m'avait écoutée : les mêmes yeux verts, un air de famille...

"Je lui ai parlé il y a quelques jours et j'aurais voulu la remercier."

L'air fatigué de la jeune femme se mua en un masque horrifié.

"Qu'est-ce que vous racontez ? De qui parlez-vous ?"

Effrayée par son trouble, je tentai de la calmer comme je pus.

"Une femme qui vous ressemblait un peu... elle s'appelait Céline... C'est bien sa boutique ?"

La jeune femme s'affaissa sur elle-même.

"Oui... enfin, c'est la mienne maintenant. C'était ma mère. Elle est morte il y a dix ans."

 

Atelier d'écriture proposé par Leiloona.

 

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