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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 05:06

"Est-ce que tu en as abandonné d'autres ?

J'ai réfléchi avant de répondre. Je voulais que ma réponse soit vraie.

- Oui, ai-je dit. Une personne.

- Comment s'appelle-t-elle ?

- Pas une femme. Moi."

les-chaussures-italiennes1.jpg

 

La seule façon dont Fredrik semble éprouver le sentiment d'être vivant, c'est de creuser un trou dans la glace sur l'île où il vit reclus et s'y baigner, chaque matin, inlassablement. Jusqu'à ce qu'un fantôme du passé surgisse, Harriet, femme qu'il a aimée autrefois - et abandonnée. Elle vient réclamer une promesse qu'il lui avait faite, il y a bien longtemps de cela.

"- La seule promesse vraiment belle.

Ce sont les mots exacts qu'elle a employés. La seule promesse vraiment belle. C'était fort. Pour moi ç'a été comme si elle déclenchait un orchestre dans ma tête. J'étais au milieu des musiciens. A côté des cordes avec les cuivres juste derrière moi."

 

"Les chaussures italiennes" se déroule en Suède comme son nom ne l'indique pas. La beauté des descriptions de ces paysages glacés et silencieux, d'une attirante austérité, confère à ce roman un charme singulier. C'est l'histoire d'une promesse, mais surtout d'un homme qui s'est isolé et qui est, un peu malgré lui, ramené au monde qui l'entoure, à la vie.

 

"La plupart des voyages dont on rêve n'ont jamais lieu. Ou alors on les accomplit intérieurement. L'avantage, quand on emprunte ces vols intérieurs, c'est qu'on a de la place pour les jambes."

"Il est aussi facile de se perdre à l'intérieur de soi que sur les chemins des bois ou dans les rues des villes."

 

C'est un livre fort et émouvant, qui parle de la mort si intimement liée à la vie. En vivant reclus, sur son île et en lui-même, Fredrik est comme anesthésié mais en retrouvant l'envie de vivre, il redécouvre aussi son horizon inéluctable.

"La mort ne m'effraie que par sa grande indifférence."

"La mort était une coupe claire où ne subsistait plus aucune des cachettes de la vie."

 

J'ai aimé la façon dont les multiples péripéties n'altèrent en rien le calme contemplatif de ce roman, un bel antidote à l'agitation contemporaine !

"Je ne sais pas si c'est vrai. Sur ma carte marine, ils n'ont pas de nom. Mais cela me plaît que quelques rochers dénudés à fleur d'eau puissent s'appeler ainsi. Quelquefois je me figure que les arbres murmurent, que les fleurs chuchotent, que les buissons fredonnent des mélodies mystérieuses et que les églantines, dans les crevasses derrière le pommier de ma grand-mère, font résonner des notes pures sur des instruments invisibles. Alors pourquoi des îlots ne soupireraient-ils pas ?"

 

Et au passage, une réflexion sur la peur de l'engagement, liée à une peur de l'abandon, que je trouve exprimée très justement.

"J'avais trahi parce que j'avais peur d'être trahi à mon tour. Cette peur du lien, cette peur de sentiments trop intenses pour pouvoir être contrôlés m'avait toujours poussé à réagir d'une seule façon : l'esquive, la fuite. Pourquoi ? Je n'aurais pas su répondre à cette question. Mais je savais que je n'étais pas le seul. Je vivais dans un monde où beaucoup d'hommes passaient leur vie à avoir peur de la même façon que moi."

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Published by Yosha - dans Bouquins
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