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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 21:37

Anna-Karenine-Joe-Wright.jpg

 

Petit avertissement : j'en dévoile beaucoup sur l'intrigue dans ce qui va suivre partant du principe que tout le monde connaît l'histoire d'Anna Karenine.

 

Joe Wright a fait preuve d'une originalité très réussie dans la mise en scène de cette adaptation du roman de Tolstoï. Le drame qui se joue est en effet présenté sur de multiples scènes de théâtre qui semblent parfois s'ouvrir sur l'extérieur avant de redevenir simple décor. Lorsque les personnages assistent à un spectacle, ils finissent par se retrouver eux-mêmes sur scène ! Une exception, toutefois, l'univers pastoral où vit Constantin Levin, symbole du monde réel. J'ai particulièrement aimé l'effet produit, cela colle parfaitement à l'histoire où Anna se retrouve en proie à tous les regards et commérages et, de façon plus générale, la vie est bien un grand théâtre où nous jouons tant bien que mal le rôle qu'on nous a assigné.

 

On frôle parfois la comédie musicale. La musique omniprésente nous emporte comme ces personnages qui glissent et tournoient pour se mouvoir... Tourbillon de la passion dévorante dans laquelle est entraînée Anna. Les scènes sont de véritables tableaux animés, celle du bal toute en opposition entre la pureté de Kitty toute de blanc vêtue et le côté obscur d'Anna, sorte de cygne noir, est à ce titre exemplaire. Les sentiments des personnages se révèlent par les gestes, les regards, l'immobilité artificielle soudaine de ceux qui les entourent. Il est intéressant d'ailleurs de noter la participation du chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui.

 

Mes souvenirs de l'oeuvre de Tolstoï sont lointains mais le film m'a fait réfléchir sur le choix d'Anna... ou  son absence de choix. Emportée et dépassée par sa passion, elle ne peut pas répondre à la question récurrente de son mari qui lui demande ce qu'elle veut. Petite digression, Jude Law est méconnaissable, anti sexy au possible, comme quoi une barbiche, des lunettes et une calvitie naissance, ça vous change un homme ! Il est juste parfait en mari rationnel agaçant voire exaspérant dans sa retenue constante... Ah, ce craquage de phalanges ! Tout un symbole... Bref, Anna est perdue, elle ne sait pas ce qu'elle veut. Son amour n'est pas suffisant, elle aimerait bien garder son fils (mais même si elle est prête à mourir pour lui, elle n'est pas prête pour autant à renoncer à son amour...) et surtout sa place dans la société. Le fond, c'est toujours la passion amoureuse, ses conséquences, son avenir compliqué et incertain... La raison face aux sentiments. La raison... c'est la question posée par le frère de Constantin : a-t-il épousé Kitty par raison ? Elle semble lui ouvrir de nouveaux horizons mais la réponse reste en suspens.

 

Une scène m'a marquée, celle qui fait suite au suicide d'Anna où l'on passe d'une noirceur totale à un champ de blé lumineux. Cette scène fait écho pour moi à celle de "Germinal" où le champ de blé représentait le milieu privilégié des nobles qui mangent de la brioche au petit-déjeuner par opposition au monde gris des mineurs. Chez Joe Wright, rien de tel, le monde lumineux est celui de la simplicité, du travail manuel... De la raison ? Pas forcément... Pour moi, l'illumination de Constantin c'est que tout n'est pas rationnel. Il a choisi Kitty sans vraiment la connaître et sa générosité et sa grandeur d'âme sont une magnifique surprise pour lui. Alicia Vikander est lumineuse à souhait dans ce rôle. Ces deux-là illustrent à la perfection l'amour entier, simple et non torturé... mettant d'autant plus cruellement en relief les dérives de celui d'Anna et Vronski. Vronski... Personnage fadasse et immature qui essaie de ne pas trop mécontenter sa maman. La façon dont il est interprété par Aaron Taylor-Johnson a été pas mal critiquée, notamment par Pierre Murat (pas un grand fan de ce film, assurément) : "La principale victime de son jeu de massacre, c'est Vronski, l'amant ­d'Anna, métamorphosé en blondinet bouclé, gandin aux allures de pantin qui, en toute logique, devrait provoquer non la passion de l'héroïne mais son rire et sa fuite." Mais Anna peut bien s'éprendre de ce personnage sans grand intérêt. Là n'est pas vraiment la question. La passion demeure une illusion assez inexplicable !

 

Keira Knightley réussit le tour de force de me faire oublier qu'au cinéma, pour moi, Anna Karenine a toujours eu les traits de Vivien Leigh. Finalement, les raisons qui poussent Anna à cette fin violente sont multiples et celle qui est particulièrement mise en avant dans le film est la jalousie. Anna réalise que contrairement à elle, son amant conserve sa place dans le beau monde et son esprit s'emballe vite lorsqu'elle se trouve séparée de lui, d'autant que la mère de ce dernier oeuvre comme entremetteuse pour restaurer la respectabilité de son fils. J'aime la modernité qui se dégage de ce film malgré son aspect daté. Le divorce n'a plus rien à voir aujourd'hui mais le choix d'une passion illégitime crée toujours des ravages, au détriment même parfois de la santé mentale de celui qui l'a pourtant "choisie".

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Published by Yosha - dans Ciné
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